14/08/2007

Souvenirs polonais et aventures

La terreur du voyageur, c’est de perdre ses bagages. Lorsqu’on déménage d’un pays vers un autre, on ne peut tout emporter, bien sûr, mais on sélectionne, l’essentiel… et selon que nous sommes, plus ou moins jeunes et plus ou moins aventuriers, on accumule les traces de ces différentes expériences et on cherche à les emporter avec soi.  Évidemment, la mémoire joue un grand rôle, mais certains vestiges d’ordre matériel nous aident à stimuler les souvenirs. L’une des matérialisations les plus efficaces est l’image. Dans sa forme moderne, ce fut la photographie, celle avant le numérique…

Lorsque j’ai quitté Montréal en septembre 2006, jamais je ne pouvais envisager l’ultime crainte, celle de la disparition des quelques mètres cube de mon déménagement. Or, celles et ceux qui me lisent régulièrement le savent…tous mes effets ont disparu…et nous ne l’avons su, mon conjoint et moi-même, qu’au début de janvier 2007, après avoir exigé du transitaire de nous dire la vérité. Un simple message laconique nous annonçait la « perte » de nos biens.

750ae7dae04a756098dc774bbd0fda6e.jpgLes biens matériels ont été remplacés et cela, sans état d’âmes… sauf pour mon fauteuil Récamier qui me servait souvent de refuge, lors de mes nuits d’insomnie, ou sur lequel je me prélassais tout en lisant, les journées studieuses. Mais passe encore, il sera converti, un jour ou l’autre, en une méridienne aussi avenante. En revanche, certains témoignages me manquent et ce sont mes photos de trente ans, accumulées dans des boites et classées pour qu’elles tiennent moins de place que dans les albums classiques qui vieillissent mal.

Il est dur de se guérir d’un traumatisme de perte de son passé. Ces photos et diapositives sont plus présentes maintenant que jamais. Et chaque fois qu’une photo me revient en tête, c’est un portrait, celui d’une personne qui a compté, à un moment dans ma vie et dont je n’ai plus de nouvelles ou d’un moment ancien que je ne pourrais jamais retrouvé avec cette personne, même si je la retrouvais.
Pis encore, je me suis aperçue que les souvenirs de ces moments retenus par la pellicule restaient certes en moi, mais que j’avais parfois un mal inouï, étrange et douloureux à me remémorer le nom et même le prénom de la personne ainsi photographiée dans un moment privilégié ! Par exemple, il me fallut deux nuits pour retrouver le prénom d’un copain polonais, à qui j’avais donné des cours de français, et avec lequel, j’avais parcouru des milliers de kilomètres en autocar pourri polonais entre la France et la Pologne en février 1990. Pardon Tadeusz, mais ton souvenir s’efface et sans doute, cela n’aurait aucune importance et serait même normal, après toutes ses années car on ne peut vivre dans le passé…mais le choc de la perte de mes effets semble s’être cristallisé sur ses photos pieusement conservées. Je m’en veux même de ne pas les avoir numérisées comme j’avais commencé à le faire avec certaines de mes photos de la Nouvelle-Orléans.

1df25facd1d01750b40eed46ad040354.jpgLe passé perdu ne reviendra pas, je le sais, mais je sais aussi que, lorsque je faisais toutes ces photos, je me tricotais des souvenirs consciemment. J’ai toujours eu un besoin quasi viscéral à ne pas vouloir oublier, moi qui ait si peu de traces de mes origines. Le déracinement est une sensation qui me poursuit toujours et je ne pense pas que ce sentiment d’extraterritorialité s’effacera ! Citoyenne du Monde est devenue l’appellation qui me convient le mieux, même si depuis Mai 2006 j’ai redécouvert ma maison de naissance et la Tunisie, le pays d’une grande partie de ma famille et de mes ancêtres.

Aussi je crois, que le film Persépolis a, depuis deux jours, provoqué en moi un reflux de souvenirs, et particulièrement, un retour sur mon passé polonais…Je me suis réellement demandée qui, de tous ses gens rencontrés, aimés ou fréquentés, me manquait ? Quelles étaient les personnes qui m’avaient marquée réellement ? Et de toute cette époque, qu’était-il advenu ? En fait, plus que les amourettes éteintes, ce sont les moments de rencontres inoubliables avec trois artistes qui me reviennent si fort qu’ils me semblent être encore au  milieu d’eux dans leurs ateliers de Gdansk, ou en train de danser avec eux trois dans un bal du 14 juillet en Ardèche, chez mon ami Christophe, le compagnon de cette aventure intellectuelle inoubliable !

bf887e810c85ad29b31e962c9693d3cb.jpgMalgré ma thèse et mes écrits, et tout mon enseignement depuis mon émigration au Québec, je me souviens de ces moments forts, de cette rencontre avec trois artistes venus présentés leurs œuvres en France et pour lesquels avec Christophe, nous avions créé une association Inny Swiat (Un Autre Monde), une association de mécénat d’Art. Cette association existe toujours et Christophe a continué ave passion d’organiser des expositions à Lyon dans son café et dans une salle fermée actuellement.

En fait, si j’ai pris d’autres chemins, je n’en reste pas moins attachée à toute 7e253532130ec2a452eceadb1e8e5557.jpgcette période fort intense et j’ai eu la chance de revoir Christophe et d’être assez comblée pour avoir réussi à conserver intacte son amitié, malgré mes dix ans de silence. J’ai tant aimé ce qu’il m’a dit, lorsqu’à l’improviste,je suis arrivée dans son café lyonnais en 2005 : « Lors d’un voyage, il y a un départ mais il y a aussi un retour, Comment vas-tu ? ». Et je n’oublierai pas son regard au moment précis où il m’a reconnue dans la cliente qui, au bar, lui avait demandé un café ! J’ai vu tout le parcours accompli par Christophe qui a fait un vrai travail de mémoire de toutes ses expositions et qui a su également se constituer un patrimoine pictural d’œuvres d’artistes contemporains qu’il a mécénés. Je l'admire pour tout cela!

Alors depuis deux jours, torturée par la curiosité, j’ai cherché à savoir ce que devenaient ces artistes dont je n’avais plus que de rares échos et dont je n’avais plus de contacts directs (un dernier message en 1995 par mail). J’ai donc décidé de vous les présenter et de les mettre en scène pour vous sur ce Blog. Car, les souvenirs sont vivaces, mais je veux parler maintenant de Présent et je veux me focaliser sur le futur pour avancer positivement et de manière proactive en faisant des liens, pourquoi pas entre mon ancienne et ma nouvelle vie…

Ces trois artistes sont toujours et de plus en plus en phase avec  leurs œuvres et, l’âge avançant et le monde s’ouvrant, ils ont atteint une belle notoriété voire un statut reconnu. Ainsi Riszard Grodnicki fait même partie des citoyens d’honneur de Gdansk, je l’ai retrouvé dans Wikipedia. Janusz Osicki est un peintre côté et reconnu, enfin mon petit Buczek, comme je l’appelais à l’époque, Jan Buczkowski a trouvé son style et sa voie graphique.

Quelques oeuvres de Jan:7b4a133ed8b1c456e1aeae6d50d8c1ef.jpg

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 Deux oeuvres de Janusz:b5a92425a2ff83b5c14115d7b8e2974c.jpg

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 Enfin deux oeuvres de Ryszard qui me fascine toujours autant

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3a0518b7723cae906b4e7f3d172cf0ed.jpgJ’espère qu’ils seront heureux de l’hommage que je leur rends. Je dois reconnaître que si je n’ai jamais réussi à vendre leurs œuvres, j’ai toujours un attrait particulier pour leur travail et j’apprécie toujours autant les toiles de Ryszard et je souhaiterais qu’il sache que leur influence a été grande sur ma modeste peinture qui elle aussi a malheureusement disparu dans le déménagement sans doute volé par de minables malfaiteurs attirés par ma collection de disques ou autres babioles qui se vendent mieux que des toiles et des photos. La toile était en cours de finition...sur cette photo!

 J’espère un jour revoir ces peintres et revoir Gdansk qui est une pépinière de créativité. En France, la Pologne n'a pas forcément la côte depuis la Guerre en Irak mais les artistes vivent bien souvent en dehors de la politique, l'Art est un moyen de sublimer les contingences quotidiennes et, il me semble que la création est inversement propoportionnelle à la liberté...mais c'est un sujet à méditer.