15.10.2008
Un commentaire pour tous
Hier en donnant de mes nouvelles, je savais que mes amis allaient réagir et ce fut le cas. Comme les commentaires sont rarement lus et que celui de mon ami le professeur Habib Kazdaghli est extrêmement précieux, j'en reproduit ici la plus grande partie. Cet Hammametois est un spécialiste de l'identité tunisienne et de l'histoire des communautés ayant vécues ici en Tunisie. Dans ce commentaire très senti, il nous raconte l'histoire oubliée, l'histoire occultée ... car l'histoire officielle, quelque soit le pays, procède d'un choix fait d'oublis et de mise en exergue de moments privilégiés en fonction du message que l'on veut faire passer. La mémoire collective se détache de l'Histoire, le rôle du passeur de souvenirs collectifs est donc fort important. Je vous laisse lire ce commentaire et vous fais juge de la nécessité du SOUVENIR ET DU DEVOIR DE MÉMOIRE.
"Le cimetière marin musulman a été sauvé une première fois au cours des années soixante lorsqu'on a failli le déloger de ce site pour cosntruire à sa place un hôtel. Il faut rendre hommage à Georges Sébastien (ancien propriétaire de ce qui allait devenir le centre culturel International) qui s'est opposé au projet. Aprés avoir vendu sa villa et son domaine à l'Etat tunisien et non un privé tunisien qui aurait certainement défiguré le lieu, Georges Sébastien avait travaillé un moment comme conseiller pour le tourisme pour le gouvernement tunisien. Il a pensé à juste titre que la médina d'Hammamet n'aurait plus aucune âme sans ce cimetière marin, car à côté de la vie il y a toujours la mort.
Le cimetière a été sauvé une seconde fois au début des années quatrevingt du siècle dernier par le maire de l'époque Mohamed Boudina qui avait entrepris de le clôturer de trois côtés et construit la Palce des martyres alors que d'autres "hammetois" voulaient édifier un centre commercial dans ce lieu pour rivaliser avec le riche Kairouanai "intrus" qui venait à l'époque de contruire son centre commercial. Le projet du maire de l"époque a rendu difficile toute opération de muselage de ce terrain par les rapaces et les spéculateurs de toute origine.
Enfin, merci au Prince de Monaco,(...) pour avoir contribué au financement de la construction de la clôture sud du cimetière et à la mise en place de la belle promenade du côté de la mer, on peut maintenant se promener et méditer entre les morts et la mer, deux mondes qui s'agitent calmement. Enfin, grâce à Bettino Craxi, personnage contesté chez lui mais un vrai amoureux d'Hammamet, le cimetière dit chrétien a été réouvert depuis la mort de ce dernier en 2001, après été pendant plus de seize années fermé aux inhumations. Désormais, le cimetière des "roumis" est propre et bien gardé, mais des stèles ont été arrachées et des tombes devenues anonymes.
Un devoir s'impose, il faut au moins chercher à identifier une tombe, celle du Dr Auguste Cuenod (1868-1954) décédé à Hammamet où il a passé sa retraite paisible de 1945 à à sa mort en 1954. Lui, le médecin protestant d'origine suissesse, qui a tant fait avec son élève Roger Nataf pour combattre le trachome, dans notre pays. Il a servi pendant plus de 50 ans dans la fameuse clinique de la la rue Zarkoun a Tunis, il a soigné des milliers de pauvres gratuitement. Dans une lettre au Résident Mast datée de 1945 pour demander l'édification d'un Institut Ophtalmologique pour lutter contre le Trachome, il avait le nombre des personnes soignées d' après lui s'élevaient à 200.000. Dr Cuenod, avait une maison et non une ferme à Hammamet, elle existe toujours, mais sans aucune plaque commémorative. C'était un lieu plus de soins que de villégiature. Les weed end, les gens humbles de la ville venaient taper à sa porte, il les soignait gratuitement (...) mais à Hammamet, il y a une rue pour Craxi, une rue pour Nevers, une rue pour Akaba, pour le Koweit mais pas de rue pour Georges Sebastien ni pour Auguste Cuenod. Ah cette mémoire est encore souffrante de tant d'occualtations et d'oublis...je ne désespère pas."
09:57 Publié dans Blog, CULTURE, personnalités, Science, SOCIÉTÉ, Souvenirs souvenirs, TUNISIE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tunisie, hammamet, mémoire, histoire, craxi, sebastian, dr auguste cuenod
05.01.2008
bye bye 2007, quelques découvertes intéressantes
On parle rarement de Science en France...j'en suis toujours étonnée. On parle surtout de politique et particulièrement en une année d'élection présidentielle. On ne sait pratiquement rien des équipes scientifiques ni des avancées dans des domaines aussi passionnants que les Neurosciences, la Physique ou l'archéologie. Le grand public commence à peine à se passionner pour l'Environnement, suite aux différents désastres climatiques, mais cela s'arrête à ce que les médias publicisent et en particulier les journaux télévisés...alors cela se limite à vraiment peu de choses et surtout du spectaculaire.
Pour l'instant, les nouvelles sont toutes tournées vers l'abandon du rallye Paris-Dakar en raison des risques en Mauritanie.
J'ai décidé de ne pas vous parler de ce que tout le monde peut lire un peu partout, mais de vous montrer que la vie n'est pas faite que de drames et mondanités mais aussi de trouvailles et de nouveautés palpitantes pour les esprits curieux et avides de connaître.
Le Figaro a fait un palmarès des 10 découvertes scientifiques de l'année en se référant au palmarès de la revue américaine «Science». Elle est la revue générale scientifique à comité de lecture la plus vendue dans le monde, avec un lectorat total estimé à un million de personnes.
Je suis allée glaner quelques découvertes impliquant des équipes du Cnrs, c'est un classement évidemment pas exhaustif que je vous propose et il rejoint tout simplement certains de mes centres d'intérêt:
En juillet dernier à Pompeï: Découverte du plus ancien style pictural pompéien ( "style zéro" de la peinture pompéienne) par l’équipe de Jean-Pierre Brun, directeur de recherche au CNRS, et par Martine Leguilloux, archéozoologue au Centre archéologique du Var.
Une telle découverte, fondamentale pour l'art antique, permet de caractériser un style de peinture jusqu'à présent ignoré. Antérieur au premier style pompéien, ce "style zéro" semble typique de la Campanie du IVe siècle avant J.-C..
En septembre dernier, dans la revue Endocrinology les chercheurs français de l'équipe de Gilles Guillon, de l'Institut de génomique fonctionnelle de Montpellier, viennent de publier des travaux cruciaux : «Nous avons identifié une molécule qui va enfin permettre de localiser, chez le rat dans un premier temps, les zones cérébrales où la vasopressine agit pour contrôler l'anxiété ». Cela signifie que cette découverte pourrait mener à la mise au point de nouveaux traitements de la dépression.
En octobre dernier, les chercheurs du CNRS et de l'Université de Montpellier ont développé une molécule qui bloque la multiplication du virus du SIDA. Il s'agit d'une approche entièrement nouvelle : grâce au développement d'une molécule chimique qui s'attaque aux mécanismes cellulaires qu'utilise le virus du SIDA pour se multiplier. Ces résultats sont présentés dans la revue Plos Pathogens.
Plus je lisais les informations du CNRS, plus je me disais cet après-midi qu'il fallait une sacrée culture scientifique pour comprendre certains articles qui faisaient seulement la promotion des recherches et des équipes.
Le jargon scientifique et le manque de formation, voire la trop grande spécialisation, font que nous sommes souvent perdus devant ses termes inconnus. Et le problème de la vulgarisation scientifique est toujours difficile à gérer. quelques revues tentent de combler le fossé: Science et Vie, par exemple ou Science et Avenir lié au Nouvel Observateur.
je vous conseille tout de même le journal Science Magazine, si vous lisait bien l'anglais.
Prenons la découverte citée en 9e position dans leur classement, présentée en français dans le Figaro comme sur le site de l'Express en ligne sous le titre : L’imagination serait liée à la mémoire. Cette découverte a été présentée en janvier 2007 par Science Magazine sous le titre : A Surprising Connection Between Memory and Imagination (une connection surprenante entre la mémoire et l'imagination) Cette découverte me fait rêver puisque j'ai travaillé empiriquement, puis théoriquement dans ma thèse, sur les paysages imaginaires qui sont liés aux souvenirs que glânent les découvreurs de lieux et qui avec le temps prennent une épaisseur historique et que les rédacteurs de guides transforment en symboles touristiques qu'il faut absolument aller voir. Pour moi, la découverte scientifique vient étayer bien des hypothèses, mémoire des lieux suscitent imagination.
J'ai apprécié la façon fort pédagogique dont a fait preuve, pour le public anglophone ou anglophie, la revue Science Magazine. Pour expliquer cette grande découverte de l'année, faite par une équipe de chercheurs anglais dont on ne sait rien si on lit la brève note française du Figaro comme de l'Express, ils utilisent la connaissance de la mythologie grecque.
"In Greek mythology, the goddess of memory, Mnemosyne, gave birth to the Muses, spirits who inspire imagination. Some modern scientists have seen the kinship as both literal and practical. Remembering the past, they propose, helps us picture--and prepare for--the future. The notion got a boost this year from several studies hinting at common neural mechanisms for memory and imagination. "
Ma traduction: Dans la mythologie grecque, la déesse de la mémoire Mnemosyne, donnait naissance aux Muses, ces esprits qui inspirent l'imagination. Certains scientifiques modernes ont vu la parenté à la fois dans la lettre et dans la pratique. Se souvenir du passé, proposent-ils, aide à concevoir le futur et à s'y préparer. Cette année , plusieurs études ont relancé la notion faisant allusion aux mécanismes communs neurologiques pour la mémoire et l'imagination.
Et d'expliquer que dans les futures expériences, il sera probablement possible de démontrer que "memory may indeed turn out to be the mother of imagination." la mémoire pourrait s'avérer être la mère de l'imagination.
19:19 Publié dans Chroniques de France, ENVIRONNEMENT, SANTÉ, Science, SOCIÉTÉ | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Science, neurosciences, archéologie, Sida, anxiété, CNRS, Dakar
























