17/09/2011
L'avenir du Journalisme citoyen en Tunisie
Le journalisme citoyen tunisien est à la croisée des chemins. Reposant sur très peu de personnes, et toutes des bénévoles, son avenir est voué à l'échec sur du long terme, s'il ne trouve pas son modèle économique. C'est aussi simple que cela. Tous les sites qui résistent ont réussi cette transformation...le premier Agoravox qui s'est monté en fondation.
Un site de Journalisme Citoyen digne de ce nom est une sorte de Start-Up qui doit pouvoir lever des fonds et accepter les dons des lecteurs qui veulent de ce journalisme TOTALEMENT indépendant. Pour l'instant toutes les tentatives allant dans ce sens n'ont trouvé aucun echo en Tunisie, aucune oreille attentive assez désintéressée et capable de risquer sur une équipe de jeunes 8 personnes en tout et pour tout. Pourtant les compétences de Slim Ayedi semblent commencer à être reconnues...mais encore insuffisamment.
Quant à moi je crois au partenariat avec des fondations étrangères non présentes dans le pays dans les temps anciens pour cautionner notre initiative citoyenne.
A l'étranger dans une certaine portion de la planète, le journalisme citoyen triomphe. Nous n'avons qu'à observer l'exemple de OhmyNews, le journalisme citoyen Sud-Coréen.
A Seoul, à l'aide de «guérilleros de la nouvelle», le journaliste Oh Yeon Ho a pris d'assaut les médias traditionnels sud-coréens en criant haut et fort: «Chaque citoyen est un reporter!». Son journalisme citoyen commencé en 2000 sur le portail OhmyNews est devenu le chef de file mondial du journalisme citoyen.
Voilà ce qu'il déclarait au journal montréalais Le Devoir: «Oui, on peut s'improviser journaliste. C'est indispensable pour la démocratie directe et participative» Ce portail d'information qui compte désormais un million de visiteurs par jour.
Pourquoi cette entreprise peut être un modèle pour nous en Tunisie...et bien c'est assez simple. La Corée du Sud est sortie d'une dictature il y a seulement vingt-ans et elle a dû elle-aussi créer son modèle de démocratie...
L'avenir du portail d'information JCT Journalisme Citoyen tunisien...,appelé de nos voeux Slim Ayedi et moi, a un avenir de formation du Citoyen tunisien ...A l'instar de ce qui s'est fait en Corée avec l'entreprise OhmyNews, le citoyen tunisien pourrait sans pour autant s'improviser journaliste du jour au lendemain, s'investir dans l'information, et accomplir son devoir de citoyenneté en devenant un citizenet ...un reporter citoyen. Cela sera formidablement bon pour la démocratie naissante.
Pour autant cela ne veut pas dire la fin des journalistes professionnels car si on se réfère à l'expérience sud coréenne, au contraire, les deux vont de pair»; Chez OhmyNews l'équipe rédactionnelle professionnelle rédige 20 % des articles du plus grand portail d'information sud-coréen. Ainsi le rêve serait de transformer la page Journalisme Citoyen en un portail d'information dont 30% serait du journalisme classique de qualité et 70% du journalisme citoyen.
Il faut énoncer ses rêves pour qu'ils se matérialisent...telle est notre devise à Journalisme Citoyen.
Dr Martine Nicole Geronimi
Tunis 15 septembre 2011
8 MOIS APRES LA REVOLUTION DU 14 JANVIER
14:55 Publié dans Blog, CV, ÉCONOMIE, Femmes, Humanitaire, MEDIAS, NETWORKING, personnalités, PODCAST, POLITIQUE, Revolution, SOCIÉTÉ, TUNISIE, tunisie, tunis, la Marsa, révolution, Jasmins, Voyage, Web | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
16/09/2011
Journalisme Citoyen en Tunisie...pourquoi et qui?
Le 14 septembre 2011, sur la chaîne tunisienne de radio chaîne internationale RTCI, l'animatrice Faiza Majeri a reçu dans son panel d'invités Slim Ayedi de Journalisme Citoyen.
C'est avec Slim que j'ai fondé journalisme citoyen en Tunisie au départ du dictateur Ben Ali...qui jusqu'alors muselait les organes de presse et condamnait la plupart des sites Internet démocratiques. Mais ce journalisme n'est pas venu de rien...il y a de ma part tout un attrait, voire un engouement pour le journalisme...non réalisé dans ma jeunesse, et une passion pour les causes justes...doublée d'un goût immodéré pour l'Internet. J'explique ici la genèse du Journalisme citoyen en Tunisie...ensuite je vous présente le reporter, sans qui rien aurait été réellement possible...sur le terrain... Slim Ayedi
En 2003 à Montréal, je lisais un article dans le journal Le Devoir dont le titre avait attiré mon regard de professeur en charge d'une classe de géographie culturelle, animée avec des vidéos et ...la Presse francophone ... Cet article A Propos du journalisme citoyen...disait dans son accroche: "Fondamentalement engagé, ce type de journalisme peut servir de contrepoids aux dérives qui, quelquefois, affligent l'industrie des communications"
Alors connaissant certains débats franco-français où presse et politique ont des rapports fusionnels, voire incestueux et surtout admiratrice de l'histoire de ces journalistes américains du Washington Post au temps du Watergate...je me plongeais dans la lecture qui m'enchanta. Les auteurs écrivaient "le lecteur, auditeur, téléspectateur ou internaute affiche un cynisme de plus en plus exacerbé à l'égard de cette industrie des communications".
C'est ce que nous vivons ici en Tunisie face à nos médias bâillonnés par des régimes autoritaires ou dictatoriaux. dans cet article du Devoir en 2003, Michel Dumais soulignait: "l'émergence d'un nouveau journalisme, un journalisme plus engagé, moins orienté et plus ouvert". Il faisait mention des carnets Web et des blogueurs...pour la première fois...
Sur ces entrefaites, je démarrais mon Blog Routes américaines à l'été 2005 et participait à l'aventure Agoravox et Cent Papiers sous pseudonymes...

Retour au journalisme citoyen de 2011, cette volonté du 5e pouvoir développé en 2007 par Agoravox n'existait pas en Tunisie, loin de là, avant la chute du Régime de Ben Ali, le 14 janvier dernier. Il n'existe encore pas, même s'il est en germe...Il faut comprendre d'ailleurs que les journalistes tunisiens n'ont encore pas trouvé leurs marques comme 4e pouvoir.
Il n'empêche que si les journalistes tunisiens essaient de s'améliorer...à côté de cette pratique classique est né cet embryon de journalisme citoyen tunisien, dont la page Facebook Journalisme Citoyen est le plus bel emblème.
Slim Ayedi, Journaliste Citoyen tunisien
Slim est le prototype même de l'échec du système universitaire Ben Ali...Un étudiant venu du Sahel faire ses études universitaires à Tunis et qui malgré un niveau maîtrise et une formation de cinq ans à l'IPSI se retrouve à la rue sans boulot ou des petits minables sous-payés ...quand ils sont payés ...malgré de remarquables compétences, aimant la culture, communicateur très à l'aise en langue arabe ou italienne...se débrouillant en français et en anglais, une intelligence vive, une générosité et une sensibilité...mais peut-être trop de droitures dans cette Tunisie que je retrouve en 2006.
La magie du réseau social Facebook rapproche les personnes les plus éloignées...et lorsqu'il y a des valeurs communes, elle créée des synergies performantes.
En 2010 nous travaillons ensemble dans un journal qui ne mérite pas de lui faire la publicité, où nous sommes tous les deux à contre emploi...il est en charge de la rubrique sport, alors qu'il meurt d'envie de faire du journalisme d'investigation...et moi je suis contrainte avec mon doctorat à faire de la réécriture des articles de ce journal économique...Je quitte rapidement cette geôle. il suit le mouvement...deux mois plus tard ...à cause des conditions inhumaines de ce journal irrespectueux de la vie de ses journalistes. Nous restons en contact.
La révolution arrive...des discussions fusent...ma caméra JVC inutilisée
devient un outil précieux...Slim pourrait faire des vidéos...puisqu'il est en permanence au Centre Ville arpentant les rues et particulièrement l'Avenue Habib Bourguiba...Je lui parle du JOURNALISME CITOYEN ...Il lit se renseigne et trouve l'idée assez intéressante pour se lancer...et nous voilà partis.
Le 24 janvier nous médiatisons sur ma chaine YouTube les premiers reportages ramenés du Centre ville. L'aventure commence...160 vidéos plus tard...interrompus par un vol de tout notre matériel informatique et vidéo caméras...la page est devenue un incontournable du Journalisme engagé, indépendant, social et critique...avec une communauté de plus de 3500 personnes qui nous suivent chaque semaine et qui interagissent en permanence!
Toute la réussite de ce média bénévole et humaniste repose sur les choix difficiles et engagés de Slim Ayedi. C'est un reporter autonome, citoyen conscientisé qui porte un regard sans détours sur la société de Notre Tunisie...à Tous. Non seulement son travail était intéressant quand il couvrait les événements du Centre ville, mais il est devenu passionnant quand il a commencé à élargir son cercle d'investigation et il a commencé à visiter les quartiers populaires. C'est lui qui désormais ouvre la voie aux journalistes de terrain qui restent à être formés dans une IPSI réformée. C'est lui donne à voir sans voyeurisme les Sans-voix...des modestes aux miséreux. C'est lui qui réveille les consciences endormies des bourgeois de La Marsa ou de Cité Ennasr dont je faisais partie.
La deuxième chaine YOUTUBE JournalisteCitoyen
12:08 Publié dans Blog, CULTURE, Femmes, Humanitaire, MEDIAS, personnalités, PODCAST, POLITIQUE, revolte, Revolution, SANTÉ, SOCIÉTÉ, TUNISIE, tunisie, tunis, la Marsa, révolution, Jasmins, Web | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
28/08/2011
les enfants de la Revolution tunisienne
Dans mon journal Echos de Tunis, j'ai intégré une vidéo faite en Tunisie pour ARTE TV, un reportage de
Je viens de créer la page Facebook ENFANTS DE TUNISIE, j'ai un projet d'éducation en tête pour les enfants en Tunisie, mon pays de naissance
Enfants de Tunisie | Promote Your Page Too
Vous savez après cette révolution faite par les jeunes, l'EDUCATION est la PRINCIPALE SOURCE D'ENGAGEMENT et j'espère que les organisations internationales qui veulent aider financièrement la Tunisie s'interesseront à ces projets, comme les miens, qui donneront la chance à ces enfants pour la Nouvelle Tunisie
10:06 Publié dans Blog, CULTURE, Femmes, Guerre, MEDIAS, PODCAST, Revolution, SOCIÉTÉ, TUNISIE, tunisie, tunis, la Marsa, révolution, Jasmins, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
23/07/2011
23 juillet 2011, quatrième été en Tunisie...post-révolutionnaire
Cela fait trois mois que je n'ai as écrit sur ce blog, et pourtant, j'écris toujours autant et je vis intensément une situation dramatique et historique transformée en un quotidien presque banal. La Tunisie profonde celle du Sud et de la misère s'est soulevée pour bannir le Tyran, mais les problèmes sont encore là...et même si le futur peut apporter une amélioration notable...le présent est catastrophique pour bien des gens...et la rumeur gronde...tous les périls nous guettent si les hommes qui tentent de nous gouverner ne mettent pas au point des stratégies économiques pour nous en sortir. Après tout, n'est ce pas ce que les révolutionnaires réclament: la DIGNITE par le TRAVAIL
D'autre part le paysage de nos rues et de nos villes change à vue d'oeil...avec l'arrivée des Lybiens réfugiés et le retour des islamistes, les femmes sont de plus en plus voilées...il n'est plus rare de voir des femmes en burqua et les hommes barbus avec djellabas sont très nombreux dans mon quartier. Hier soir, tout près de carrefour, la voiture qui était arrêtée près de nous était conduite par une femme seule au volant, mais en tchador complet...et c'était une voiture banale tunisienne.
Ce matin dans le supplément de la Presse, le journaliste et romancier Mohamed Bouamoud s'inquiétait de la suite des évènements avec le retour du fanatisme religieux
EXTRAIT "Et c'est le soir dans un coin de rue, qu'ils se réunissent en "comité restreint" pour ruminer leur haine et leur aversion par devers le gouvernement provisoire, les hommes de culture, la femme-surtout!- mais aussi les journalistes dont on se gausse à souhait".
D'après lui ''c'est la culture tunisienne qui est sérieusement menacée d'extinction''. Il semble convaincu du péril et affirme que ''dans chaque ville (petite ou grande)'' il y aurait des représentations politiques religieuses dans lesquelles 80% des partisans sont des gens illettrés. Et tout ce beau monde considérerait la culture comme impure et la femme non voilée de pied en cap comme impure.
Cela donne le frisson! car l'auteur de Ce qu'Allah n'a pas dit à fin décembre 2010 publié un livre pamphlet contre le fanatisme religieux...et franchement j'espère que tout cela ne restera que fiction et que l'ensemble des électeurs ne se fera pas manipulé.
Maintenant j'ai quelques craintes car pour l'instant moins de 600 000 personnes se sont inscrites sur les listes électorales et il y aurait un corps potentiel d'électeurs de 7,9 millions personnes. Le taux de participation 12 jours après le démarrage de la campagne est très faible. Tout ce week end les personnes se mobilisent pour convaincre leurs proches à aller s'inscrire. Beaucoup n'ont pas encore refait leurs cartes d'identité....et la date butoir pour s'inscrire est le 2 août pour des élections promises le 23 octobre. Depuis le début je pense que ce Blizz d'inscription de toute la population en plein été, sur seulement 3 semaines, est une Erreur colossale voire une aberration, dans un pays où personne n'a de culture démocratique.... Est-ce un manque de sens pratico-pratique ou une volonté d'éloigner les moins instruits ou les plus pauvres...je ne sais mais en tous les cas ...cette campagne court au fiasco et au mieux je pronostique Trois millions d'inscrits...au 3 août au début du Ramadhan.
Les autorités vont-elles encore changer leur fusil d'épaule et finalement reprendre les inscriptions du 20 août au 15 septembre...? Je ne sais, mais je ne vois pas la situation d'un oeil très positif. Combien de contestations si on n'inscrit pas plus d'un tiers des électeurs? Pourquoi faire déplacer les gens systématiquement et individuellement...?alors qu'on utilise les ordinateurs pour avoir ses résultats d'examen. ...Oui je sais que c'est pour contrôler l'existence des électeurs...mais comme l'obligation de la carte d'identité pour prouver son état civil est exigée au moment du vote, pourquoi n'avoir pas fait une inscription sur Internet...par famille...en donnant les noms des membres composant sa famille et en se référant aux bases de donnée du ministère de l'intérieur?
Moi je ne vote pas, je ne suis qu'une observatrice mais qui en tant que Femme se sent très concernée par la cause des Femmes. Je ne vois pas d'un bon oeil les proclamations de polygamie dont on nous parle depuis quelques mois et je suis contre le port obligatoire du voile. En plus comme intellectuelle j'ai peur de la bêtise d'hommes illettrés.
Le gouvernement transitoire ne donne pas assez de garantie aux pauvres qui se tournent vers la religion. Les 100 partis politiques créent un émiettement et une cacophonie d'où seulement peu de gens vont émerger et notamment le parti religieux d'Ennadha, mais aussi des gens connus localement qui peuvent avoir une clientèle...
Moi je voudrais savoir quand l'économie pourra repartir...et si une légitimité politique pourra sortir de ce magma amorphe ... qui pourrait s'embraser d'un coup et emporter tout sur son passage!
Je me pose évidemment enfin la question de ma place dans cette société et il est clair que les conditions de ma vie ici reposent sur des minimas incompressibles de TOLERANCE et de MODERNITE qui sont des valeurs communes pour mes amis ici....Tunisiens et amis des Tunisiens.
La période du Ramadan sera cruciale. Nous sommes à Trois mois aujourd'hui des élections de la Constituante
20:28 Publié dans ÉCONOMIE, ENVIRONNEMENT, Femmes, Guerre, IMMIGRATION, MEDIAS, NETWORKING, personnalités, PODCAST, Poésie, POLITIQUE, revolte, Revolution, SOCIÉTÉ, TUNISIE, tunisie, tunis, la Marsa, révolution, Jasmins, Voyage, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
24/04/2011
Traversée Interdite! Les harragas face à la forteresse Europe
Troquer la misère pour l’Enfer ou le sort des harragas en Europe
Dr Martine Geronimi, géographe citoyenne
Cet article est un compte rendu personnel du livre de Virginie Lydie, Traversée Interdite! Les harragas face à la forteresse Europe, qui vient de paraître en France, chez l’éditeur Le passager clandestin
En pleine actualité, alors qu’à Lampedusa les harragas de Tunisie, et aussi de Lybie, ne cessent d’amerrir dans une incompréhension généralisée, voire un mépris digne des meilleures périodes racistes, ce livre vient éclairer avec chiffres à l’appui, et enquête minutieuse durant trois années, la problématique des jeunes qui « brûlent » et quittent la Tunisie ou les côtes d’Afrique du Nord.
Alors que la Révolution vient juste de fêter ses trois mois d’existence en Tunisie, alors que les premières élections libres pointent leur nez et que les débats démocratiques traversent le pays et réunissent des foules considérables, le phénomène des Harragas s’amplifie, servi par un manque évident de police et un moindre contrôle aux frontières.
Ce livre que je viens de lire d’une traite est passionnant, à plus d’un titre : il est une mise au point presque chirurgicale sur le sort réservé à ces jeunes clandestins arrivés dans la Forteresse Europe. Misérable et infernal, tel est le destin qui attend « le Brûleur », celui qui brûle ses papiers pour passer les frontières et espérer trouver une vie meilleure dans cette Europe fantasmée. Hélas comme l’écrit si bien, Virginie Lydie, ces jeunes sont ceux qui « brûlent même leur vie ». Ce livre veut aussi répondre aux questions simples que les gens en général ne se posent pas vraiment, notamment en France : qui sont ces jeunes ? Que veulent-ils ? Finalement l’auteure nous fait prendre conscience de l’absurdité et de la cruauté de la mondialisation, qui d’une part ouvre au rêve et d’autre part refuse catégoriquement ces aventuriers du XXIe siècle, « ces héros de la désespérance » !
La bien nommée forteresse Europe mène une politique de confinement des populations d’Afrique du Nord, en refusant les visas qu’elle a systématiquement instaurés au départ de ces pays. En limitant les départs officiels, elle pousse les plus pauvres à tenter l’aventure périlleuse de la fuite par les mers ou les déserts. Dans ce livre on apprend d’emblée le compte funèbre des décès et des disparus aux frontières de l’Europe : 209 décès et 464 disparus, rien qu’en 2009. Entre 1988 et 2010, on ne compte pas moins de 15638 décès, dont 6556 disparus en mer. Malgré ces morts et ces chiffres macabres, le « harrag » n’en reste pas moins déterminé car, comme l’écrit l’auteure, « la Harga n’est pas une simple fuite…elle est avant tout un défi ». Du côté de leurs pays d’origine, « ces jeunes désœuvrés acquièrent même un statut de héros ». Ils prennent à un moment leur avenir en main et partent pour ne pas mourir ! Ce rêve d’ailleurs qui les tiraille de façon lancinante, ils veulent le réussir, sans savoir réellement ce qui les attend. Sans projet réel et avec des informations tronquées, ils ne se doutent pas de l’enfer dans lequel ils ne manqueront pas de tomber peu ou prou.
Virginie Lydie décortique l’appareil répressif dont s’est doté les pays européens pour lutter contre ces clandestins indésirables. Et cela coûte fort cher puisque pas moins de 88 millions d’euros ont été dépensés en 2009 pour l’agence Frontex, installée à Varsovie. Ce système européen de la surveillance de la frontière maritime méridionale, soit 3800 kms de Gibraltar à Beyrouth, inclut tous les pays européens, dont la France qui serait très impliquée avec 9704 agents de police des frontières. Cet énorme tribu est en totale adéquation avec la politique d’immigration initiée en 2006 par la France et confirmée par les orientations de 2009. La France ne ménage pas ses efforts, utilisant les radars à haute fréquence, les drones et même les satellites.
L’Italie est au premier front de l’immigration clandestine. L’ile de Lampedusa avait connu son pic d’immigration illégale en 2008 avec 31 700 arrivées. Depuis 2009, ce flot s’était tari au profit d’autres routes passant par la Grèce et la Turquie. Nous apprenons que les trois quarts des 40 000 personnes arrêtées en Europe en 2010 étaient passées par la Grèce… De nouveau en 2011, les clandestins se ruent sur Lampedusa. L’agence Frontex estime les Illégaux interpellés aux frontières de l’Europe à 175 000 individus. En France, il y aurait moins de 6000 interpellations. Remettons les pendules à l’heure, 175 000 illégaux arrêtés pour une population de 41 millions d’immigrés légaux en Europe.

Mais le plus fort du livre ce sont les témoignages du parcours des clandestins qui, après parfois plusieurs tentatives arrivent à passer les mailles du filet, et sont entrés dans les pays. Alors là, ce que nous décrit l’auteure s’apparente à la descente aux enfers. Pour la plupart des clandestins sans papier arrivés en France, la réalité est simple et sordide : la prison. Le séjour irrégulier en France est passible d’un an de prison et d’une ITF (interdiction de territoire français). Si un clandestin s’oppose à son expulsion, il peut écoper de trois ans de prison, sans n’avoir commis aucun autre délit. Le chiffre effarant que révèle Virginie Lydie est qu’en France 6% des prisonniers sont des étrangers en situation irrégulière. Hormis les prisons, les CRA (centres de rétention administrative) sous contrôle de la police ou de la gendarmerie comptent 2000 places, on y place dans des conditions sordides les étrangers en attente d’expulsion.
Il apparait que le sort des clandestins ballotés de séjours en prisons à sans domicile fixe, de galères en larcins voire en trafics en tous genres pour survivre, les conduisent à un délabrement mental et physique. Pour finir, ils sont expulsés au mieux, si leurs consulats délivrent des laissez-passer. Ceux qui vivent parfois plus de vingt ans dans la clandestinité sont dans des situations désastreuses. Ainsi Virginie Lydie nous dit « le drame des clandestins de longue date, c’est d’être dans l’incapacité de mener une vie « normale » en Europe et de vivre dans leurs pays d’origine dont ils ne connaissent pas
davantage les règles ».
Le problème des harragas qui décident finalement de retourner dans leurs pays après tous ces mois ou années de galères est loin d’être simple, sans passeport et sans argent ! Les situations kafkaïennes donnent froid dans le dos. En conclusion, méditons sur ce constat donné par l’auteure : « les harragas sont le symbole de l’échec cuisant des politiques migratoires… Un mur est tombé, une mer l’ a remplacé. Jusqu’à quand ? »
10:54 Publié dans Blog, Chroniques de France, CULTURE, ÉCONOMIE, ENVIRONNEMENT, Femmes, IMMIGRATION, MEDIAS, PODCAST, POLITIQUE, RACISME, revolte, Revolution, SOCIÉTÉ, tunisie, tunis, la Marsa, révolution, Jasmins, Voyage, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
15/04/2011
Périple à Sidi Bouzid en Tunisie
Notre périple se terminait par un hommage à ce martyr que fut Bouazizi, Saint bouazizi comme le dit si bien Madame Hélé Béji, dès le 9 janvier. Sa mort fut le déclencheur de la chute du Régime et de cette période révolutionnaire que nous vivons encore.
Les étudiants, les profs et moi-même avions tous besoin de nous retrouver à Sidi bouzid pour comprendre et pour saluer de ce geste la mémoire de ce jeune diplômé au chômage, comme plus de 50 pour cent d'entre eux, et qui a fini par craquer après des gestes d'humiliation répétés de la part des autorités municipales. L'ultime violence, la claque donnée par une femme, agent de mairie...l'a ainsi déterminé à en finir de façon spectaculaire...tel un cri lancé à la face de la société mais aussi du Monde. Je me suicide pour vous tous!
La Révolution est là mais tout n'est pas réglé et les emplois ne sont pas encore revenus et avec un tourisme moribond ...le chemin va être long!
Sidi Bouzid décor planté en ce vendredi 1er avil printannier.
La municipalité reouverte de tous les diplômes des chômeurs; municipalité fermée et gardée par des chmilitaires en retrait dans des guérites intérieures. le poste de police en annexe et en face des jeunes qui chantent pour que le Révolution continue sa route pour atteindre ses objectifs non encore atteints :
LA DIGNITE POUR TOUS PAR LE TRAVAIL
Paix à son Ame et que la Révolution des Consciences se fassent pour que la Tunisie, ma Terre, retrouve le chemin de la Lumière et non celui des Ténèbres...Que les revendications légitimes de Dignité, Liberté et Equité trouvent enfin leur vrai sens et soient présents dans la Nouvelle Tunisie!
09:57 Publié dans Blog, CULTURE, ÉCONOMIE, Femmes, IMMIGRATION, MEDIAS, PODCAST, POLITIQUE, RACISME, revolte, Revolution, SOCIÉTÉ, TUNISIE, tunisie, tunis, la Marsa, révolution, Jasmins, Voyage, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
04/02/2011
Le triste sort des Intellectuels sous le règne Ben Ali
"Humiliation par un régime qui nous a lentement et sûrement pressurisés, menacés, relégués à une marge de manœuvre exiguë, nous ôtant le droit à la parole libre et nous confinant à une autocensure de fait, véritable poison qui finissait par ronger notre capacité à innover, à déranger, à jouer notre rôle dans la société."

Karim Ben Smail, directeur de Cérès Editions pour le journal en Ligne Kapitalis
Vous mes amis et compatriotes Canadiens qui détenaient entre vos mains le sort de cette famille honnie à juste titre...(Trabelsi et Ben Ali), ne vous laissez pas abuser. Ces gens-là ont détruit bien des aspirations, ont piétiné bien des rêves et l'histoire le prouvera ont corrompu et maltraité voire assassiner des personnes qui leur résistaient...je vous demande de lire dans les prochains mois les témoignages qui risquent finalement de sortir au grand jour!
il est notoire depuis 1999 que Ben Ali était listé "comme l'un des « 10 pires ennemis de la presse » par le Comité pour la protection des journalistes. Reporters sans frontières le désigne également comme un « prédateur de la liberté de la presse ».
Le Devoir du 28 janvier, sous la plume de Pierre Beaudet, n'est pas dupe des problèmes de violation des Droits de l'Homme en Tunisie, il indique: "Des milliers de personnes ont été arrêtées et torturées sans accusation ni procès. À l'époque, la dissidence tunisienne était influencée par des mouvements islamistes et donc, cette répression était «acceptable» aux yeux du Canada, des États-Unis, de la France."
Depuis 2006 je viens en Tunisie régulièrement, plus exactement je suis revenue en Tunisie, et je constate qu'il n'y a pas vraiment d'Islamistes. Sans doute furent ils tous éradiqués ou dans le meilleur cas sont-ils passés dans une clandestinité, si elle était possible. Je peux témoigner quant à moi que je n'eus jamais de problème. J'ai toujours été bien traitée et il est vrai que je n'ai rien écrit de bien intéressant depuis mon installation sur place en 2008.
Mon seul souci était d'essayer de créer un bureau d'études ou de conseil ici, mais en but à beaucoup de problèmes organisationnels, lassée de voir des gens aux projets fumeux, sevrée de calendriers farfelus et de reports de RV à tout bout de champs...je dois dire que j'ai eu bien du mal à rendre mon activité gagnante.
Enseigner était pour moi un énorme casse-tête...d'abord une pression sur le "ne pas dire", "ne pas trop dire", "savoir quoi dire" et le "comment le dire"! Il m'est apparu rapidement, au travers d'une anecdote racontée en catimini et aparté en 2006, par une prof de français franco-tunisienne, sur le sort d'un jeune prof d'histoire-géo français qui s'était fait renvoyer manu-militari un petit matin, quelques mois après son arrivée d'un Lycée français américain, que j'aurais du mal à faire le métier qui me sied le mieux dans un pays démocratique. Il avait donné la définition du terme "RUMEUR"...en donnant tout bonnement et naïvement un exemple en citant la Première Dame! Vous allez me dire c'est du ON DIT, mais je décidais à l'époque que si je venais ...un jour vivre ici...il ne faudrait pas que j'enseigne!
Autant vous dire que cette révolution change totalement la DONNE! La parole libérée, les neurones doivent suivre et les possibilités de faire de la recherche iront avec le goût de l'innovation retrouvée...les Jeunes sont avides de rattraper le temps enfoui...ils ne veulent plus être vus comme la génération perdue...ils nous faut à nous "les plus vieux", comme le dit l'éditeur de Cerès, " restaurer la valeur des mots tellement galvaudés et vidés de leur sens par un quart de siècle de langue de bois, de gueule de bois."
19:52 Publié dans Blog, CULTURE, CV, MEDIAS, personnalités, PODCAST, revolte, Revolution, Science, SOCIÉTÉ, Souvenirs souvenirs, TUNISIE, tunisie, tunis, la Marsa, révolution, Jasmins | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
01/02/2011
Tunisie un tour dans la Medina
Je suis toujours là à partager la vie incertaine de tous les Tunisiens en ce lendemain d'une Révolution soudaine et si nécessaire, nous voulons tous que la vie reprenne son cours mais pas si simple, plus personne ne travaille vraiment, car la tête est ailleurs! Certains résistent aux changements nécessaires et d'autres voudraient que cela aille beaucoup plus vite et de façon plus radicale. Moi j'en ai marre du couvre feu on vit comme dans une cage...à 19h au plus tard on se réfugie chez soi; Ce soir les hélicoptères sont revenus...des incidents un peu partout et l'armée veille. En attendant ce vendredi dernier froid et gris Slim Ayedi est allé dans la Medina de Tunis
20:53 Publié dans Blog, CULTURE, ENVIRONNEMENT, Musique, PODCAST, POLITIQUE, Revolution, SOCIÉTÉ, Souvenirs souvenirs, TUNISIE, tunisie, tunis, la Marsa, révolution, Jasmins, Voyage, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : tunis, rues, medina
31/01/2011
Avec les Femmes tunisiennes ce samedi 29
Tunis-Marche des femmes- cortège filmé par Slim Ayedi
vous allez sentir le vent de liberté et vous imprégner de cette atmosphère passionnée
22:11 Publié dans Blog, CULTURE, Femmes, MEDIAS, NETWORKING, personnalités, PODCAST, POLITIQUE, revolte, SOCIÉTÉ, Souvenirs souvenirs, TUNISIE, tunisie, tunis, la Marsa, révolution, Jasmins, Voyage, Web | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note




























