24/08/2011

Bilan sans concession de trois années successives en Tunisie

Trois ans après avoir pris la décision, un brin forcée, de m'installer ici en Tunisie et de tenter l'impossible, refaire sa vie après 40 ans, sur le sol natal. le bilan est très mitigé. 

Professionnellement parlant et sur le plan matériel, la Tunisie s'avère un choix désastreux et je suis ruinée. Depuis un an je perds sur tous les tableaux et la Révolution a enfoncé le clou en bloquant tous mes projets initiaux, d'ailleurs ma source de clients étrangers s'est tarie. 

De plus, n'ayant pas encore reçu la nationalité tunisienne, je me heurte à des tracas d'ordre administratif, sans compter les interdits de travail pour les étrangers dans plusieurs domaines, comme l'enseignement public, les professions libérales et le commerce.

Je suis sceptique aussi sur mes capacités d'adaptation à la manière de travailler "à la Tunisienne"...ma patience est mise à l'épreuve et je suis une personne hyper sensible au manque de respect et à l'environnement socio-économique dans lequel je travaille. En venant en Tunisie avec des schémas mentaux forgés en Europe puis en Amérique du Nord, mes attentes sont très souvent déçues...

Cette installation en Tunisie a été mal préparée voire pas préparée du tout...puisque je ne devais pas m'y installer au départ. Je voulais faire de la communication touristique à distance...une micro entreprise à Paris et une antenne off-shore non résidente en Tunisie. J'ai eu le malheur de voir, dans la première année de mon installation à Paris la perte de mon container de déménagement de Montréal à Paris avec l'intégralité de son contenu, dont mes livres et mes toiles, sans compter ma collection de CD et mes photos, ma thèse et tous mes objets personnels. Un vrai drame. A cette perte incalculable s'est ajoutée la défection de mon mari qui a préféré continuer sa route sans moi. C'est là que par orgueil, excès de confiance, voire insouciance...j'ai accepté le défi de tenter de ne pas me laisser abattre et de me débrouiller seule.

Sans complexe, je le proclame, cela ressemble à un fiasco voire un suicide professionnel. Mais suis-je masochiste? Non, car si je vis une période difficile et angoissante, je la vis intensément. Et bien sûr, il y a aussi du positif et du bonheur dans cette vie nouvelle. L'aspect professionnel est fondé sur un environnement que je ne maîtrise pas  et dans un contexte sans aucun garde-fou...Les conseils suivis au départ se sont avérés des impasses pernicieuses. Alors je dois redresser la barre dans un pays instable qui essaie de mettre en place un idéal de démocratie avec la guerre à sa porte. Cela n'arrange pas forcément mon quotidien pratique...mes factures.

Pourquoi suicide professionnel, car j'avais durant 7 ans misé sur des études supérieures au Canada et en Amérique...tardivement j'avais voulu pousser mes études au plus haut...et en janvier 2001, j'avais soutenu brillamment un doctorat suivi en 2003 de la parution d'un livre en France. En 2007, suite au refus des Français de m'accorder la chance de réintégrer un poste de Maître de conférences et tenter par l'aventure tunisienne ...je n'ai pas poursuivi dans l'enseignement et particulièrement la recherche, en particulier sur les paysages symboliques.

tunis, tunisie, peinture, pastel, aquarelle, portaitsAlors vous allez-me dire où est le positif...l'agrément et la motivation à rester? L'ART ET LE SENTIMENT DE VIVRE UN MOMENT UNIQUE IMPENSABLE ET EXALTANT.

Je m'explique, le contexte de la révolution tunisienne m'a conduit à l'engagement et à la création de la page Facebook Journalisme citoyen avec mon partenaire Slim Ayedi. D'autre part, je me suis mise à écrire de la poésie en 2009 et en 2010...je cherche un éditeur... à reprendre la peinture et cette fois-ci avec l'intention de ne plus arrêter de peindre. C'est ainsi que j'ai fait ma première exposition collective au Printemps des Arts de la Marsa.

Ces aventures intellectuelles et artistiques profondément citoyennes nourrissent ma passion et ma volonté de m'en sortir pour rester dans le pays de mes grands-mères. J'espère trouver un moyen de trouver une fondation ou un organisme pouvant me permettre de capitaliser sur mes compétences, mes années passées à m'intégrer dans ce pays pour faire aboutir mes rêves de démocratie, de tolérance et d'éducation dans un respect renouvelé...

J'ai encore de l'espoir

 

 

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