25.05.2009

Bilan depuis ma réinstallation à Tunis fin janvier 2009


Alors que les marchés économiques sont en berne, je tente de survivre professionnellement, en pleine tourmente, dans un monde qui marche sur la tête. Tous les jours un peu plus, ma petite vie d’Ulysse en jupons m’apporte son lot de déceptions, mais aussi de moments de gentillesse, de très petits bonheurs presqu’inaperçus et qu’on pourrait croire inaccessibles. Discuter avec le vendeur de légumes m’enchantent, non pas pour le contenu de ces mots échangés, mais par le regard souriant de cet homme, né à Jendouba et qui, un soir que j’étais visiblement fatiguée et trop chargée, m’a aidée à porter mes paquets jusqu’à l’ascenseur de mon immeuble.


Car, oui j’ai quitté ce que beaucoup de personnes recherchent, la petite maisonnette au fond d’un parc à Hammamet, pour retrouver mes marques en ville et habiter dans une résidence du nord de Tunis, un immeuble de standing dans un quartier qui ne dort jamais avec ses néons et ses fêtards, un quartier jeune, branché et qui vibre aux cris des supporters des équipes de foot. Oui la Tunisie n’existerait pas sans son football… Et moi je m’amuse de voir toutes les semaines ces hordes de jeunes avec leurs fanfares, leurs hymnes et leurs maillots qui exultent sous mon balcon…La rue Hedi Nouira est sans doute la plus animée en ville, mais je l’adore…Je suis seule la plupart du temps chez moi et je m’aperçois combien cet effervescence, cette jeunesse non seulement me tient compagnie, mais me dynamise. Je suis transformée. Car c’est vrai, je ne peux le nier, je déteste la solitude et le calme qui sont pour moi les ferments de l’angoisse. Ici je passe mon temps dans mon bureau appartement ou de l’autre côté de la rue, à la Phalène, un salon de thé qui possède deux vertus essentielles, un cadre vraiment cosy et un accès Internet permanent… Il a de plus une valeur suprême, il est fortement climatisé et en ce début de saison caniculaire…vous ne vous imaginez pas combien c’est merveilleux…depuis une semaine j’en ai fait mon deuxième bureau.


Après une période un peu difficile en février, durant laquelle j’ai dû prendre en charge ma santé et me reposer car j’étais extenuée, je retrouve non seulement un appétit de vivre mais aussi le goût de créer à nouveau. L’ouverture de Castorama, non loin de chez moi, vient de me donner un grand bonheur : j’ai pu enfin me racheter un chevalet (le troisième, tout un symbole…j’entame ma troisième vie…) et des toiles. J’étais si contente que je parlais à tout le monde dans le magasin, du moins à tous les employés…et même au directeur commercial de la chaine. On m’a souvent reprochée au Québec de prendre trop de place…Combien de fois mon Directeur de Thèse ne m’a-t-il suggéré de faire low profile et bien, figurez-vous que je revendique ce côté too much de ma personnalité, parce que je suis authentiquement un personnage qui ne passe pas inaperçu. Si j’étais si mal dans ma peau au Québec, c’est que j’étouffais littéralement, je n’étais pas à ma place dans cet enfer blanc, glacial et trop ordonné. Car oui j’aime le fouillis, l’esprit souk, les odeurs, les cris et les sirènes…finalement c’est ça pour moi la VIE. D’aucuns diront, c’est le stress, c’est vrai …il me convient…Les psys qu’en pensez-vous ?


Alors ce retour au pays de mes origines, dans un moment où la Tunisie est en pleine transformation, dans une course pour se hisser au niveau des pays occidentaux me semble une grande chance. Après tout, ma situation personnelle après mon départ de Montréal il y a près de trois ans avait pris une tournure catastrophique : vol de mon déménagement, déception à l’arrivée en France, séparation de mon mari non désirée…plus de travail aucune part…plus d’horizon clair fin janvier 2008. Seize mois plus tard, je rebondis. Je négocie en douceur un nouveau virage…j’ai des projets clairs et je me sens bien dans ma tête car je me dis que j’ai beaucoup d’atouts dans mon jeu : j’ai accumulé une expérience internationale énorme, j’ai toujours vécu la tête haute, je peux me regarder dans un miroir et me dire que chaque abandon ou chaque échec ont un sens et m’aident à mieux me comprendre. Je crois à la nécessité d’affronter des épreuves et que la vie est encore plus belle quand on arrive à surmonter ces difficultés…on en ressort plus fort.


Il y a quelques jours, j’ai appris la mort accidentelle d’un collègue français du département de géographie de l’UQAM. Il allait avoir 44 ans et cela a été un vrai choc… Je me souviens encore de notre dernière discussion dans son bureau qu’il quittait alors, las de l’hostilité des personnes rencontrées au Québec. Je me souviens de son envie de retourner en France, de son incompréhension envers une société d’accueil qui l’ignorait… Et puis, il est retourné en France où il poursuivait une fort brillante carrière jamais interrompue et le destin a voulu que cette route s’achève si jeune… Je me suis souvenue qu’il avait plusieurs enfants et que ce drame est atroce pour ces jeunes orphelins. Une fois de plus, avec encore plus d’acuité, j’ai pensé qu’il fallait savourer tous les petits moments de la vie, les plus simples, les plus insignifiants…j’ai le sentiment qu’il faut dire son amour aux gens qu’on aime et que l’instant est la chose la plus précieuse et qu’il nous faut apprendre à le savourer…cet instant … avant qu’il ne soit trop tard.

Cette pensée m’accompagne depuis et je me sens sereine.

Commentaires

Quelle plume! J'adore votre façon d'écrire, mais il me semble que vous n'êtes pas très au courant de ce qui se passe réellement en Tunisie..

Ecrit par : Ayéch | 25.05.2009

Merci pour la belle plume...je suis d'accord
pour le reste vous vous trompez...

Ecrit par : Martine | 25.05.2009

Votre façon de vous réjouire d'une jeunesse droguée au foot, votre phrase "... La Tunisie est en pleine transformation, dans une course pour se hisser au niveau des pays occidentaux" a semé le doute en moi, je me trompe peut-être, je l'espère :)

Ecrit par : Ayéch | 25.05.2009

romance

Ecrit par : Martine Geronimi | 25.05.2009

Un joli texte, agréable à lire et à relire :-)

Ecrit par : Ammar | 25.05.2009

Content de voir que ça se passe bien pour toi Martine. Content aussi de te relire en espérant que c'est un retour en fore au blog ;-) Sinon tu peux toujours essayer Twitter !

Ecrit par : Houssein | 26.05.2009

une bonne publicité pour Ennasr au passage, quoique j'aime pas du tout ce quartier:)
sinon, le foot c'est l'effervescence c'est vrai, mas contrairement à vous, je trouve que ça dénote un malaise dans la société, c'est une sorte d'échappatoire p

Ecrit par : sarah | 26.05.2009

J'ai fait le choix d'avoir deux vies.... une en France et l'autre en Tunisie !
Quand je suis essouflé .. je rentre..
Je rentre en France et aprés je rentre en Tunisie a sidi Bou Said .. mais en bas avec le peuple....

Ecrit par : RdG | 03.07.2009

"Ulysse en jupons", dites-vous : l'expression est jolie, elle a deux mille ans, et a fait école et remonte à une vieille antiquité : d'où vous la rappelez-vous ?
A l'origine, c'est par cette expression (Ulixes togatus) que le vil Caligula qualifie son auguste grand-mère, l'épouse d'Auguste: une femme essentielle dans la naissance de l'empire romain...
Le vilain petit-fils reproche à sa grand-mère son rôle politique et son talent dans l'art de ruser...
Elle ne semble donc guère coïncider avec ce que vous décrivez !!!

Ecrit par : JM Oudin | 29.09.2009

Alors Monsieur l'Erudit..je suis ravie et plus encore de votre commentaire. Non je n'avais jamais lu cette expression...elle m'est venue...suite à un cours que je donnais à l'Université Laval en Epistémologie de la Géographie à partir du texte d'Ulysse et les Sirènes...Je me suis comparée à Ulysse et j'ai pensé "sauf que moi ...je suis une femme" et m'est venue l'expression "en jupons' et j'ai adoré...la juxtaposition ...car elle est un qualificatif exact en ce qui me concerne...

Bien entendu le contexte décrit celui de la grand-mère quelque peu ...castratrice de ce dites-vous vilain Calligula ne semble guère me convenir.

En tous les cas Mr Oudin merci...je ne renie pas cette expression malgré tout...et si 2000 ans remontent en moi de façon inconsciente...n'est-ce pas un signe!

au plaisir de vous compter parmi mes lecteurs d'un jour

Ecrit par : Martyna alias Ulysse en jupons | 29.09.2009

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