15.12.2008

Bilan personnel 2008

J’ai perdu mes certitudes en perdant Michel, parce que je n’avais pas su voir venir la rupture définitive. Le fil qui nous liait, aussi fort était-il, s’est progressivement effiloché et a fini par céder face aux changements radicaux de vie et aux aléas du hasard. Depuis le début de l’année, date du tsunami affectif et jusqu’au mois de novembre, j’ai eu la sensation tangible d’être une feuille qui flotte au gré des rencontres. Je ne me suis plus fixé à rien ni ai suivi aucun tracé, j’ai oscillé entre les rêves les plus fous et la réalité la plus plate.

Je me suis armée de courage et ai affronté ce rejet définitif en me jetant dans la bataille d’une séparation non pas subie, mais active. J’ai décidé de poursuivre mes buts, à la fois de travail et de retrouvailles avec ma terre d’origine : j’ai donc depuis début juin pris le parti de m’installer à Tunis jusqu’en octobre, puis à Hammamet. Comme la vie nous joue des tours qui peuvent s’avérer tantôt positifs et tantôt négatifs, mon lot de déceptions, tant dans les affaires que dans les relations humaines, semble vouloir marquer le pas avec la rencontre d’une lumière dans ma nuit en la personne d’un jeune cinéaste romantique plein d’imagination et que je considère comme mon porte-bonheur.

J’ai toujours cherché la compagnie des artistes : j’en suis une. Malgré tout le sérieux et les études poussés à l’extrême et réussies qui me caractérisent, ma vérité profonde est celle d’une artiste hypersensible qui a choisi de vivre sa vie comme une oeuvre d’art. Même si cela peut paraître prétentieux, je me vis avec le sentiment sincère de faire partie des acteurs, sauf que mon rôle s’écrit au fur et à mesure de mes choix bons ou mauvais. Je n’ai pas de stratégie, je m’adapte aux circonstances. Une de mes forces est celle d’être volontaire et surtout pas velléitaire. Lorsque je décide, j’exécute mon choix coûte que coûte. Ainsi en a-t-il été lorsque je suis partie pour le Canada.

Arrivée sur place, les premiers mois furent un véritable fiasco et au bout du tunnel, j’avais rencontré Michel, un tout jeune étudiant en informatique que je considérais comme mon ange. Je le parais de toutes les vertus et vivais un amour douloureux et décousu, passionné et étouffant, totalement déséquilibré, nourri de stress et d’angoisses, inadaptée que j’étais dans ce pays froid, si peu fait pour moi, avec un compagnon très souvent dépressif. Je voulais voir en Michel une facette artistique, mais il laissa tomber le cinéma et la dance, rapidement, après notre installation dans la première demeure d’une longue série d’appartements.

Huit mois après le début de notre liaison, nous emménagions à Québec dans un appartement qui surplombait le Jardin des Ursulines. Nous étions tellement fauchés que nous hébergions un locataire pour pouvoir régler le loyer pourtant minime. C’est dans cet appartement que je finissais ma maîtrise, pétrie de douleurs mystérieuses qui ont perdurées jusqu’à mon retour en Tunisie, douleurs répétées sous forme de spasmes handicapants et qui m’ont rendue accrocs aux Benzodiazépines, pendant une dizaine d’années. C’est dans cet appartement que je peignais certaines de mes toiles qui ont toutes disparu dans mon déménagement volé à Montréal en fin 2006. J’ai retrouvé récemment chez mes parents une photo de ce moment que je leur avais envoyée, moi allongée sur un vieux canapé sous une de mes toiles, un aquarium géant dans lequel flotte la tête de Michel au milieu des poissons exotiques…tout un programme

MartineQC95.jpgJ’aime voir cette photo car elle me représente assez bien dans un moment positif de ma vie, un moment créatif, un moment plein d’assurance malgré le manque d’argent, un moment d’insouciance et de repos. Le plaisir d’être photographiée est évident sur ce cliché…le besoin de cristalliser l’accrochage de cette toile dans ma première maison dans le Vieux-Québec. Le photographe Michel a gardé cette passion et a réussi à devenir un spécialiste de la technique photographique et à se faire plaisir pendant de nombreuses années durant lesquelles je fus son modèle préféré. Les vertus du numérique ont ainsi contaminé bien des Terriens et j’abandonnais également mon Olympus pour un Canon qu’il m’avait offert. Tous les vestiges de cette vie québécoise furent engloutis dans la perte totale de notre déménagement à Montréal au moment de notre retour en France.

La fin de notre amour est consécutive à cette perte…Au lieu de nous souder face à l’adversité, cela nous a entraîné vers le fond…j’ai misé sur l’attachement de douze années partagées, mais j’avais complètement tort. Je me suis accrochée à une relation insatisfaisante depuis bien des années et je suis restée fidèle à une vision artistique d’un couple libre et original, dans lequel la différence d’âge ne rentre pas en ligne de compte…je me suis leurrée moi-même finalement…car lui n’a jamais assumé notre différence lorsqu’il en a pris conscience…Je n’aurai jamais dû accepter ce mariage que je voyais comme une reconnaissance et un point d’orgue à notre amour et qui ne fut que le couperet du bourreau… La raison est mon erreur de l'avoir trop vite classé comme étant un artiste...il ne l'est pas du tout...et en vieillissant encore moins... et moi de plus en plus...ce n'était pas la différence d'âge notre problème, mais notre différence profonde de valeurs!

Et bien en y réfléchissant bien, après tous ses mois passés en Tunisie à essayer de retrouver mes « congénères », j’ai la conviction que ma quête s’affine au point d’être comblée. Je cherchais inconsciemment l’âme sœur, moi l’électron libre…il est artiste, il est intelligent, il est né sur cette Terre qui me manque depuis si longtemps et qui me hante. Ses yeux brillent d’un éclat égal au mien et quand nos regards se rencontrent, ils s’interpénètrent et nos âmes se parlent. Il est venu me chercher alors que j’avais fait une très longue route. Il arrive à point nommé et je lui tends les bras pour un équilibre dans le déséquilibre.

 

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