22.09.2008
J'en ai vu des étoiles de HICHEM BEN AMMAR
Hier je suis allée voir un documentaire dans le cadre de la Caravane du documentaire euro-arabe à Paris. Et je ne l'ai pas regretté
Le documentaire " J’en ai vu des étoiles " est un film sur un sport violent et viril, la boxe. Un sport que paradoxalement j’ai appris à ne pas détester dans mon enfance. Je ne vais pas à des combats de boxe, je n’ai jamais eu d’hommes sportifs dans ma vie ou même qui regardaient ce genre d’exploits à la télévision, sauf mon père qui justement est né aussi en Tunisie en un temps, où comme le montre le cinéaste, la boxe était à l’honneur. C’est en regardant ce film, hier
que j’ai la révélation. Je me souviens qu’adolescente, il m’arrivait de regarder avec lui les matches de boxe et de catchs. Et c’est vrai que j’aime encore voir des films montrant des boxeurs et cette ambiance surchauffée, un peu glauque. Je suis allée voir un film en 2005 sur une boxeuse américaine au destin tragique, Million Dollar Baby de et avec Clint Eastwood, un film remarquable.
Référence La boxe au cinéma : Dans le documentaire d’Hichem Ben Ammar, nous avons un film qui nous parle de la micro histoire, un reportage sociologique sur une tranche de vie d’un pays où je suis né : la Tunisie. Une collection de boxeurs professionnels retraités et souvent très âgés font revivre une époque révolue et oubliée avec verve et émotion. Ce temps où les mauvais garçons boxaient pour l’amour du public, le goût du combat et aussi parfois l’appât du gain avait pris son envol en pleine période coloniale dans un monde où la loi du plus fort était la seule méthode pour sortir de sa condition de pauvre. Tous ces témoignages tissent des pans d’histoire qu’on ne pourra jamais dans les livres aux programmes officiels. Une histoire de la rue, des cafés chantants et du cinéma nous parle des salles de boxe.
Ces années où ma famille, pauvre et vivant dans les quartiers populaires des années 20 à 50, fréquentait les mêmes lieux cosmopolites que montre très bien le réalisateur où Français, Maltais, Siciliens, Juifs et Arabes se retrouvaient dans des combats autour de rings pour soutenir leurs congénères. Tunis était alors une ville multiculturelle.
Le contraste est saisissant lorsque le film bascule sur l’ époque contemporaine. De nos vaillants et glorieux héros de la virilité tunisienne du temps passé, nous entrevoyons une image actuelle de souffrances, de frustrations, de larmes voire de désespoir. Le rêve devient amer quand il jaillit et se tarit tout à fait à la fin du film avec l’émotion du champion quittant la Tunisie, en route pour un destin de boxeur au Canada. Il pleure comme un enfant dans le 4x4 de sa femme et son manager, une étrangère.
Le film est là pour nous questionner sur les changements liés au choix de passer d’une boxe professionnelle à seulement une boxe d’amateurs ? Ce glissement vers un assainissement de la société tunisienne a cassé un engouement social, a réduit à néant les chances d’une grande partie de la jeunesse pauvre de se sortir de la misère ou du moins d’espérer y réussir. La société s’est féminisée en Tunisie, mais également dans les autres pays, et l’aura du champion se porte désormais sur le footballeur, élément d’un jeu collectif, comme le cycliste qui fait partie d’un peloton. Le sport individuel professionnalisé, c’est le golf qui touche surtout l’élite et le joueur de tennis…la force n’est plus de mise. La Tunisie a emboîté le pas de l’Occident, les énergies sont canalisées vers l’économie.
Ce documentaire m’a vraiment parlé car il vient répondre à de nombreuses questions dont les réponses ne sont pas dans les livres. Il m’a redonné le goût d’enquêter sur la mémoire des anciens de ma famille, il m’a émue sur le sort de ses jeunes désemparés ne pouvant pas ou plus réaliser leurs rêves de combattre, il m’a replongée dans l’univers canadien.
Ce documentaire, je le conseille à toutes celles et ceux qui pourront le voir dans une projection privée ou dans un festival , car il ne passe pas à la télévision ni en Tunisie ni en France. Et si j’étais enseignant en Tunisie, j’en ferais une projection avec débats. Je tiens à saluer un tel travail fondamental pour que survivent des archives et que des salles d'entraînement de boxe soit préservées et considérées comme un patrimoine urbain aussi estimable qu’un monument.
L'universalité de ce film c'est sa prise en compte du monde des humbles et de les réintroduire dans la mémoire collective...le vaste chantier du XXIe siècle
Conception, production et réalisation : Hichem Ben Ammar
Montage : Inès Chérif
Prise de vues : Rabii Messaoudi, Lotfi Chammam, Walid Mattar, Taïeb Ben Brahim, Elodie Colomar, Anne Closset
Prise de son : Yassine Meliani, Wassim Mestiri
Bruitage : Salah Chargui
Mixage : Julien Hecker
Conformation : Moez Ben Hassine
Etalonnage : Herbert Posch
Assistant à la réalisation : Rafik Abdessaïed
Assistant de production : Talel Amri
Documentation : Farouk Chtioui
Traduction : Leïla Elgaaïed, Rodney WJ Collins, Paul Cant
Version originale : Arabe, français, anglais (sous-titres en français) Durée : 78 mn - Support : DVCAM
Tourné à Tunis, Marseille et Paris
Produit avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine
| filmographie | |
J'en ai vu des étoiles (Choft Ennoujoum fil Quaïla | Noujoum f'il kayla) 2006 Cafichanta 1999 Raïs Lebhar, (Ô ! Capitaine des mers) 2002 Femmes dans un monde de foot 1998 | |
biographie
| Né en 1958 à Tunis. source Africiné |
23:35 Publié dans CULTURE, IMMIGRATION, SOCIÉTÉ, Souvenirs souvenirs, TUNISIE | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Clint eastwood, boxe, Tunise, Canada, Tunis, colonie, cinéma


























Commentaires
un documentaire extraordinaire.
un des meilleurs que j'ai vus. des histoires très touchantes, une réalité extirpée des profondeurs de notre société, des images magnifiques, ...... franchement, ça frôle la perfection
bravo hichem, on attend les suivants :-)
Ecrit par : ولد بيرسا | 23.09.2008
Hichem ben Ammar, n'est pas seulement un homme de cinema mais aussi et surtout une personne de grandes qualites, tres humain, disponible pour ses etudiants...pour resumer il incarne des vertues exeptionnels. j'ai ete son etudiante en 2003 et 2003, je n'habite plus en Tunisie et Je souhaite avoir son adresse si c'est possible pour lui envoyer une carte postale.
salutations cordiales.
Ecrit par : Daldoul Sarra | 10.11.2008
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