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28.07.2008
Hammam et Beaujolais
Ce matin j'ai beaucoup navigué sur le Net et parmi mes sites fétiches j'ai celui de BabelMed qui s'intéresse aux cultures méditerranéennes en plein évidemment mes centres d'intérêt, vous vous en doutez.
Et je découvre un livre qui m'a l'air bien intéressant, Hammam et Beaujolais. à la fois une étude socio-anthropologique et une nouvelle, celle d'une femme au parcours multiculturel: Nadhia Khouri-Dagher
“Je suis née Arabe. Je suis Française aujourd’hui. Nous sommes des millions, émigrants, enfants d’émigrants, venus d’Algérie, du Maroc, du Vietnam, de Pologne, d’Italie ou du Mali, à vivre ainsi en France notre double identité, notre double appartenance. Moi, je viens du Liban.”
Et son site possède un abécédaire très astucieux dans lequel chaque rubrique est un régal...j'ai pris "au hasard", le terme gastronomie.
Je lis:
"Dans la gastronomie française, je lis l'épicurisme des Français je lis Watteau Boucher Fragonard, des siècles de raffinement, une culture sophistiquée, un vestige aujourd'hui de siècles d'une culture aristocratique royale princière qui continue ainsi à marquer les pratiques les rites dominicaux les repas d'hommes d'affaires les soirées d'amoureux, je lis aussi l'amour des Français pour la littérature car ces noms de plats sont littérairissimes pour moi, petits textes créés exprès poèmes de cuisiniers, dans la gastronomie je lis aussi et surtout l'amour des bonnes choses, le sens du plaisir, la gourmandise, le temps passé en cuisine pour les autres, la créativité, l'envie d'étonner, de combler ses invités, de les honorer, de se gâter aussi, et tout ça ça me plaît!"
Sur BabeMed je découvre sous la plume de Sarah Ben Ammar ce parcours:
"Née en Egypte, cette journaliste et anthropologue libanaise connaît bien la société française. A l’âge de 6 ans, elle quitte Beyrouth avec sa famille et part s’installer en banlieue parisienne à Viry-Châtillon. Si «l'école publique (lui) a permis de pénétrer dans des familles françaises», d’aimer et d’adopter la culture de son pays d’adoption, Nadia Khouri Dagher explique comment elle reste pétrie de traditions orientales: «je vis en France depuis plus de trente ans, mais mes gestes de toilette au quotidien sont ceux d'une femme d'Orient». Tout comme Rica et Usbek, des «Lettres Persanes» de Montesquieu, l’anthropologue décrit les Français à travers son regard d’Orientale: leur rapport à l’argent, leur discrétion, leur pudeur souvent perçue comme de la froideur, leur épicurisme aussi… Car il s’agit bien de décrire, de constater et non de juger."Il me parait assez notable le fait que Nadhia ait eu un réflexe de Française en Tunisie elle le dit elle même :
«En France, je me sentais complètement libanaise et orientale. Et c’est en vivant en Tunisie- qui est pourtant un pays très moderne- que je me suis rendue compte que j’étais devenue très Française. Par exemple, à cette époque, durant les années 80/90, les cafés des centres villes étaient tous réservés aux hommes. Je ne pouvais donc pas m’asseoir à la terrasse d’un café. Bref, à travers tout un tas de petites choses, j’ai pris conscience que j’étais Française»
Les temps ont bien changé en Tunisie la société s'est modernisée et les femmes autonomisées, mais il est vrai que tout le monde ne boit pas de vin en Tunisie, surtout si les personnes sont pratiquantes et donc suivent les préceptes de la religion musulmanne qui déconseille l'ivresse et ne préconise pas du tout la consommation de vin. Il n'empêche que la culture du vin revient avec force et pas seulement pour l'exportation. Une grande partie de mes amies et amis sont des amateurs de Mornag et St Augustin, excellents vins tunisiens.
Ce livre, comme le signalE Babel Med, est un véritable pont entre les cultures, sous forme d'abécédaire et mettant en valeur l'alphabet inventé par les Phéniciens ancêtre des LiBANAIS et des TUNISIENS.
L'astuce choisie par l'écrivain permet une lecture facile et abordable par tous mais c,est chaque fois plein de sagacité et de poésie. Elle explique:
«Et puis je trouvais qu’un mot plus une entrée permettaient de ne pas s’imposer au lecteur avec une œuvre lourde. Ce livre est en fait composé comme un mezzé libanais que l’on peut picorer au gré de ses envies»Cette envie d'être un pont entre les cultures grâce à l'identité méditerranéenne, avant les divergences religieuses elle va la chercher, comme beaucoup en Tunisie aussi, dans le passé antique :
«Je voulais revenir à une antiquité commune qui date de bien avant l’Islam et l’âge du Christianisme, ces religions qui nous ont divisés, et revenir à une identité méditerranéenne antique qui nous rappelle que l’on a exactement les mêmes rites, la même façon de concevoir la vie, les mêmes plaisirs tels que la plage, le soleil, manger des figues…»Elle cherche à ouvrir les yeux des Français à leurs origines plurielles et à montrer que le métissage des cultures est encours de tous lescôtés de la Méditerranée et que nous sommes des citoyens du Monde avec au minimum une double culture
«Ce livre parle à des tas de gens parce que tous les Français ont dans leur famille quelqu’un qui vient de quelque part. Il s’adresse aussi bien à mes sœurs orientales de France qu’à mes sœurs orientales qui vivent là-bas car aujourd’hui, avec la mondialisation, même si on vit à Casa, Alger, Tunis ou Beyrouth, on fait partie de l’Occident parce que l’on parle une langue étrangère, parce que l’on écoute de la musique étrangère, parce que l’on porte un jeans… Aujourd’hui, que nous vivions là-bas ou ici, nous portons tous deux cultures.»Je me revendique totalement de cette lecture, j'y rajoute en plus ma touche américaine une transition de 12 ans entre Québec et Louisiane.
Lire :«Hammam et Beaujolais» par Nadia Khouri Dagher, paru aux éditions Zellige.
Sarah Ben Ammar
(17/07/2008)
13:20 Publié dans Chroniques de France, CULTURE, Femmes, IMMIGRATION, Louisiane, personnalités, QUÉBEC, SOCIÉTÉ, TUNISIE, Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Hammam, Beaujolais, babelmed, Khouri-Dagher, anthropologie, Tunis, laiban
23.07.2008
Les bleus au cœur : la confusion des sentiments
En Tunisie, le bleu n’est pas une simple couleur, mais une promesse, une œuvre d'art.
Michel Giliberti
Dit de la Force et de l'Amour
Toi qui fus de ma chair la conscience sensible
Toi que j'aime à jamais toi qui m'as inventé
Tu ne supportais pas l'oppression ni l'injure
Tu chantais en rêvant le bonheur sur la terre
Tu rêvais d'être libre et je te continue.
Hier soir j’ai skypé avec un très grand ami tunisien sur le Net. Au même moment sur le petit écran à un mètre de mon ordi, dans mon studio tunisois, était projetée une question pertinente dans les circonstances de nos vies réciproques, que je lui transmettais immédiatement sur Skype. Peut-on changer de vie par amour ?
Sa réponse fut une question : « Et toi qu’en penses-tu ? ». J’ai réfléchi quelques minutes et lui ai répondu très simplement et ouvertement : « tout dépend de la force de l’amour ». Évidemment ce sujet éternel, l’amour, a permis un échange très personnel. A midi aujourd’hui, j’ai repensé à cette question qui préoccupe tant de femmes et aussi quelques hommes, quoiqu’ils pensent. Et tout d’un coup dans le taxi une phrase a surgi dans mon esprit…La confusion des sentiments.
Je me suis alors demandé si cette phrase s’appliquait à moi ou à lui, plus généralement aux hommes et aux femmes de notre société matérialiste ou tendant à l’être. Ce que je sais, c’est que derrière le mot amour, je n’y mettais pas la même définition que celle donnée par mon ami qui est, à mon avis, très idéaliste et absolutiste et pour qui l’amour veut dire : donner sa vie pour l’autre. Une définition bien romantique à mes yeux à priori, sauf si c’est, comme dans son cas, l’amour qu’il ressent pour sa fille. Comme je n’ai jamais eu d’enfant, j’admire la profondeur de son amour pour l’être qui est toute sa vie depuis qu’elle est née. Mais cet amour absolu, tous les parents ne le ressentent peut-être pas, parfois ce sont les pères qui se sentent investis d’une telle passion, le plus souvent ce sont les mères…mais à vrai dire les rôles sociaux et donc parentaux évoluent et les pères peuvent se sentir au moins aussi investis que les mères.
Et c’est vrai que j’ai eu la vague impression que dans notre vie, plus on vivait d’expériences décevantes ou de relations trop fréquentes, alors la représentation de l’amour s’affadissait pour se transformer en un sentiment tiède ou un appétit consommatoire. Ce concept vieux comme le monde chanté par les poètes a été ré-inventé en l’introduisant très récemment par la conception du « mariage par amour », tout particulièrement les sociétés modernes ont à partir du XXe siècle et c’est le cas en Occident valorisé de telles unions par inclination.
Exit les mariages arrangés, encore moins de mariages forcés. Sur ce sujet, la notion de l’égalité homme-femme, une fois acquise dans les consciences et dans les lois, met un terme à sa pratique. Ainsi depuis 1956 en Tunisie, le Code du Statut de la femme a propulsé ce pays dans la cour des pays occidentaux. Toutefois les cultures plus traditionnelles ne mettent pas toujours de l’avant cette notion d’amour dans les unions légales. La passion amoureuse évidemment existe, ais elle est vécue sur un autre registre, selon le degré de liberté des femmes, les codes culturels de pudeur et d’abandon dans l’intimité ou en public et les tabous différents suivant les Cultures.
Je vais me positionner ici dans un contexte de société moderne, libérée où les hommes et les femmes sont égaux, car je ne peux parler pour les autres. J’ai beaucoup voyagé et est respiré selon les moments l’air français, l’air polonais, l’air canadien, l’air états-uniens et maintenant l’air tunisien. Et sous tous ses cieux, les Femmes sont à la recherche, en grande majorité, de l’amour et de l’âme-sœur. En Amérique plus encore, j’ai remarqué cette propension quasi naïve à rechercher et à valoriser à tout âge cette notion de Prince Charmant. Alors que chez les hommes, plus généralement, et à moins qu’ils ne soient modelés par les mères ultra-féministes, une constante apparaît : le goût de la performance et celui du désir jetable et de son assouvissement renouvelable. Ainsi l’homme se vante de ses conquêtes et la femme soupire après un amoureux perdu ou un prince charment à venir.
Ma vision tend à se transformer depuis que je suis revenue en France après plus de dix ans d’absence. Les comportements féminins sont plus proches de ceux masculins et il n’est pas rare de voir des femmes qui ne s’embarrassent pas de sentiments et qui sont devenues des consommatrices expertes, à la manière des Québécoises qui magasinent les Hommes, comme au supermarché.
Personnellement je ne le crois pas…Suis-je trop optimiste ou trop naïve…c’est possible. Toutefois, j’ai résolument balayé de mon esprit l’idée d’Amour éternel et pour tout dire, je n’y crois pas du tout. Je suis pragmatique et mes expériences comme celle de mes ami(e)s tendent à prouver que j’ai raison. Surtout aujourd’hui, dans ce monde de mobilité croissante, où les occasions se multiplient de rencontrer des personnes qui soudain peuvent vous apporter une écoute, un échange et finalement, au-delà de la distraction, peuvent vous habiter. A l’heure des relations virtuelles, il n’est pas rare de voir des couples improbables se former et d’autres tout à fait réels se défaire, un fois le processus de cristallisation amoureuse enclenché.
22:34 Publié dans Femmes, TUNISIE | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Amour, amitié, amoureux, admiration, femmes, hommes
21.07.2008
Codicile au 14 Jullet
« Ce qui touche le cœur se grave dans la mémoire » Voltaire
« Là où s'arrête le pouvoir des mots commence celui de la musique » Richard Wagner
Je vais vous faire part d'une constatation qui fait suite à mes interrogations. Suis-je encore Française? Et bien j’ai la réponse...je suis modelée par la France et sans le vouloir. Pourquoi ai-je cette certitude? Parce que j’ai vécu une émotion incontrôlée et complètement inconsciente que je tiens à vous raconter, vous qui me lisez attentivement, certains depuis 3 ans (ce blog fêtera dans trois semaines ses 3 ans, le 15 août).
J’étais ce 14 juillet dans le jardin de l’Ambassade de France à La Marsa dans la banlieue nord de Tunis, et voilà que retentit La Marseillaise. Au refrain, je me suis mis à frissonner, une vraie émotion forte, soudaine, irrépressible, comme dans un coup de foudre : à ce moment précis, où l’on voit pour la première fois une personne à travers une vitre et que les regards se croisent et que monte cette bouffée d’Adrénaline dévastatrice et mystérieuse.
Et oui, cet Hymne belliqueux et patriotique fait partie de mon inconscient modelé par l’École républicaine. J’ai emmagasiné ces notes et ces paroles au cœur des millions de milliards de synapses entre les neurones de mon cerveau. La Mémoire sensorielle auditive est une réalité. Et je me suis sentie vraiment Française durant les quelques secondes d’un frisson
me parcourant le corps. Quand l’hymne tunisien a retenti, je ne le connaissais pas et je l’ai simplement découvert avec attention et curiosité. Tout à fait normal, je n’ai pas été élevée ici et je n’ai pas chanté en cœur à l’école l’hymne tunisien, mais celui de Rouget de L’Ile de 1792.
Il en est ainsi, j’ai passé une excellente soirée en compagnie de Tunisiens, Français et autres résidents francophones fréquentant régulièrement l’Ambassade. Un Garden Party solennel mais sobre et aux dires des habitués beaucoup moins clinquant qu’à l’accoutumée…Restrictions budgétaires obligent !
Les paroles de La Marseillaise empruntées au site de Patrice Talvast
Les Paroles
![]()
Allons enfants de la Patrie,
Le jour de gloire est arrivé !
Contre nous de la tyrannie,
L'étendard sanglant est levé, (bis)
Entendez-vous dans les campagnes
Mugir ces féroces soldats ?
Ils viennent jusque dans vos bras
Egorger vos fils et vos compagnes !
REFRAIN
Aux armes, citoyens,
Formez vos bataillons,
Marchons, marchons !
Qu'un sang impur
Abreuve nos sillons !
2
Que veut cette horde d'esclaves,
De traîtres, de rois conjurés ?
Pour qui ces ignobles entraves,
Ces fers dès longtemps préparés ? (bis)
Français, pour nous, ah ! quel outrage
Quels transports il doit exciter !
C'est nous qu'on ose méditer
De rendre à l'antique esclavage !
3
Quoi ! des cohortes étrangères
Feraient la loi dans nos foyers !
Quoi ! ces phalanges mercenaires
Terrasseraient nos fiers guerriers ! (bis)
Grand Dieu ! par des mains enchaînées
Nos fronts sous le joug se ploieraient
De vils despotes deviendraient
Les maîtres de nos destinées !
4
Tremblez, tyrans et vous perfides
L'opprobre de tous les partis,
Tremblez ! vos projets parricides
Vont enfin recevoir leurs prix ! (bis)
Tout est soldat pour vous combattre,
S'ils tombent, nos jeunes héros,
La terre en produit de nouveaux,
Contre vous tout prêts à se battre !
5
Français, en guerriers magnanimes,
Portez ou retenez vos coups !
Epargnez ces tristes victimes,
A regret s'armant contre nous. (bis)
Mais ces despotes sanguinaires,
Mais ces complices de Bouillé,
Tous ces tigres qui, sans pitié,
Déchirent le sein de leur mère !
6
Amour sacré de la Patrie,
Conduis, soutiens nos bras vengeurs
Liberté, Liberté chérie,
Combats avec tes défenseurs ! (bis)
Sous nos drapeaux que la victoire
Accoure à tes mâles accents,
Que tes ennemis expirants
Voient ton triomphe et notre gloire !
7
Nous entrerons dans la carrière
Quand nos aînés n'y seront plus,
Nous y trouverons leur poussière
Et la trace de leurs vertus (bis)
Bien moins jaloux de leur survivre
Que de partager leur cercueil,
Nous aurons le sublime orgueil
De les venger ou de les suivre
17:45 Publié dans CULTURE, NETWORKING, personnalités, Souvenirs souvenirs, TUNISIE, Voyage | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : tunis, Tunisie, Ambassade, 14 juillet, Hymne, mémoire, La Marsa
14.07.2008
14 Juillet à Tunis
C’est mon premier 14 juillet en Tunisie et je suis encore ce matin à Villa Noria l’hôtel de charme Hammamétois de mon amie Amel, propriétaire d’un lieu conçu par elle jusqu’au moindre détail, de la céramique grège des salles de bains refaite à l’ancienne à la mosaïque antique de la piscine intérieure en passant par le choix des tissus, une variation subtile de vert, crème et rouge. Ici à Hammamet, c’est le calme et le confort esthétique qui est de mise dans un jardin arrosé à la main toutes les nuits pour que nous puissions jouir de sa fraicheur au matin. J’aime y aller, car c’est un endroit où le mot luxe flirte avec simplicité, cela change des décors orientaux fastueux, mais lourds ; ici le maître mot est pureté, légèreté et harmonie.
Après un mois difficile à Tunis, m’offrir 5 jours à Hammamet est une belle récompense, d’autant que nous avons eu le
privilège d’être conviées aux festivités portuaires. Amel est une personnalité très respectée en Tunisie et elle est propriétaire d’un hôtel à Yasmine Hammamet, deux raisons pour se faire inviter à la plupart des évènements VIP. Ce week end avait lieu le premier Grand Prix de Tunisie pour les courses des monstres des mers, les bateaux Offshore (Powerboat P1). Non seulement nous avons assisté au diner gala du samedi soir, mais nous avons également eu la surprise d’une soirée sous la tente bédouine dans un village organisé pour l’occasion sur une plage recouvertes de tapis tunisiens sur lesquels avaient été arrimées les tentes. Des petits coins avec poufs et tables basses avaient été organisés pour accueillir les convives de toutes les nationalités, en grand nombre les Italiens et les Anglais, la nourriture était savoureuse et l’ambiance très agréable, humide et chaude le premier soir et agrémentée de brise hier soir. Hammamet est réellement un endroit festif et branché qu’il faut fréquenter l’été comme le font les Tunisiens eux-mêmes. En hors saison, on peut s’y ennuyer et on ne remarque alors que les constructions qui sont parfois d’une esthétique douteuse. Je ne conseille pas cet endroit pour des touristes qui recherchent la nature et le dépouillement, c’est tout le contraire…L’urbanité et la modernité, tendance Cannes, seraient plus adéquates. Si vous aimez les boîtes de nuit branchées il vous faut aller à l’Oasis et si vous aimez les langoustes ne ratez pas Achour. Un endroit pour les Jet-Setteurs de la Nuit tunisienne.
Vous allez me dire comment pouvez-vous fréquenter de tels endroits avec vos idées environnementales et sociales…et bien c’est simple…je suis mue par la curiosité des chercheurs et l’envie de connaître d’autres milieux. J’ai l’occasion de participer de temps en temps à ce genre de festivités et je ne refuse pas. Trois Week end sur quatre je les avais passés en solitaire, cloîtrée dans mon appart de Menzah, allongée sur mon sofa à regarder la télé…pas drôle je vous assure avec une cheville enflée pendant une dizaine de jours, seule à Tunis avec des amis non disponibles pour différentes bonnes raisons et comme je n’ai pas de voiture et que les transports en commun sont réduits et inconfortables…des moments pénibles que ces premiers week-ends en solitaire. Mais il faut que je m’y fasse, que ce soit à Paris, à Tunis ou dans n’importe quelle ville que je pourrais fréquenter, je suis seule à présent…Je me prépare à cet état de fait non recherché et mon compagnon de vie depuis quatorze ans me quitte pour incompatibilité…il ne m’admire plus et me l’a dit, ne veut plus me suivre dans mes pérégrinations intellectuelles et autres. Il quitte ma bulle qu’il ne trouve plus confortable, au moment où effectivement je prends le plus de risques dans ma vie professionnelle. Il m’a forcé par son abandon à me recentrer sur la Tunisie. Il voulait se débarrasser de moi et m’a repoussée vers le pays de mes origines avec la satisfaction perverse de me faire du bien !!!

Alors voilà ce soir je vais fêter le 14 juillet à l’Ambassade de France à Tunis… Un 14 juillet très spéciale car j’ai décidé il y a 2 mois de le passer ici pour marquer le démarrage d’une « nouvelle vie », mais là j’y suis et l’humeur est sceptique. Suis-je encore Française ? Oui probablement mais mes 12 ans d’Amérique du Nord ont profondément transformé mon angle de vision du Monde et apporter une grille de lecture de la France que je n’avais pas en partant en 1994…quatorze ans plus tard la France est plus proche du concept que d'une entité tangible et je ne me sens pas tout à fait Française, mais réellement citoyenne du Monde de culture française.
Française de Tunisie, Canadienne-Française…un esprit libre en partance…
Alors le 14 juillet un jour comme les autres ???
11:33 Publié dans Chroniques de France, Femmes, TUNISIE | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : France, Française, Tunis, Tunisie, Hammamet, Villa Noria, Powerboat
07.07.2008
Boris Cyrulnik, de Chair et d’âme
A peine achevée la lecture de ce livre publié chez Odile Jacob en 2006, je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager mes impressions de lectrice en quête de réponses.
Ainsi dans le chapitre « Formule chimique du bonheur », le paragraphe intitulé la mémoire n’est pas le retour du passé, j’ai souligné cette citation :
« (…) on peut dire que les souvenirs que l’on va chercher dans son passé et les mots qu’on choisit pour leur donner forme construisent des autobiographies différentes selon le partenaire du récit. Il ne s’agit pas de mensonges mais de représentations induites par les relations. »
Cette remarque me paraît tellement pertinente! Ainsi, lorsque je racontais un évènement vécu en couple devant des amis et en présence de mon mari, les souvenirs « communs » ne collaient pas avec ceux de mon mari, il me reprochait de travestir la réalité : en fait, nos autobiographies étaient simplement différentes, car nos représentations passaient par deux personnalités très opposées, une personne imaginative et passionnée et une personne logique et froide.
L’auteur explique qu’après un trauma, un événement dramatique, un désespoir, la mémoire se met en route en fonction du vécu présent et retrouve dans le passé, les mots et les images qui donnent forme à ce présent. Le ressenti présent, guidé par l’émotion, appelle la mémoire pour aller chercher dans le passé une représentation de soi cohérente avec le moment vécu. Comme l’affirme Cyrulnik : « C’est pourquoi tout est vrai même quand on dit le contraire »
Au fur et à mesure de la vie se forge en chacun de nous, ce que l’auteur appelle, une sensibilité préférentielle, construite chaque jour et petit à petit par des micro-interactions banales mais personnelles. A cause de cette sensibilité préférentielle acquise, un couple venant de deux milieux différents et éloignés par l’âge ou la culture peuvent réellement vivre côte à côte un moment passé ensemble et différent. Pour le premier ce sera un événement majeur qu’il va cristalliser et pour l’autre ce moment sera sans signification aucune. Ainsi en était-il dans notre couple, particulièrement en vacances, nous ne vivions pas les mêmes choses, tout en étant toujours ensemble.
Un autre chapitre qui m’a intéressé est celui intitulé « Le souci de l’autre ». La notion d’empathie est très importante pour moi…je l’ai même érigée en valeur nécessaire pour partager ma vision du monde…elle est le fondement de l’humanisme. A mon grand dam, je me suis aperçue que mon mari en manquait cruellement, non seulement envers les étrangers mais même envers moi, à partir d’un certain moment. En effet, me voir souffrir dans le cadre d’une détresse psychologique qui se transforme en pathologie psycho-somatique à répétition, l’a conduit à être furieux contre moi et pire à devenir indifférent devant chaque trouble me rejetant comme une « anormale », lassé de me voir souffrir sans cause logique apparente et au fur à mesure du temps, rejetant ces troubles sur le compte du vieillissement. Plus je devais être parfaite et plus mes troubles s’accentuaient. La peur de déplaire à un être que vous voulez retenir décuplait les malaises. Mais ce que je ne voulais pas voir c’est combien mon mari ne m’aimait plus à partir du moment où il a commencé à s’agacer de mes troubles. Véritablement, un être amoureux est mal quand l’autre souffre, quelque soit l’origine de la souffrance. L’empathie n’existe pas uniquement entre amoureux, c’est généralement « une aptitude émotionnelle à se laisser modifier par le monde d’un autre, auquel on est attaché ». On peut dire que l’on ressent de l’empathie pour toute personne qui compte pour nous. Et là on retrouve la notion d’attachement développé dans les travaux de Cyrulnik : « L’attachement est un lien biologique tracé dans la mémoire qui transforme l’être investi en figure saillante. Désormais la souffrance de la figure d’attachement provoque chez le partenaire une souffrance d’une autre nature. » L’auteur parle d’une empathie cognitive, un contrepoint émotionnel provoqué par la vue de la souffrance de l’autre.
C’est singulier, en écrivant je pense à l’expression française un peu vieillotte « je ne peux plus le souffrir » et je me dis que lorsqu’un proche ne plus « encadrer » sa femme, sa maîtresse ou tout(e) ami(e), cela signifie que la vue de la souffrance de cette personne lui fait horreur, c'est-à-dire qu’il a rompu pour une raison ou un autre le lien d’attachement à cette personne. Je ne peux plus la souffrir veut plutôt dire : je ne veux plus souffrir de la voir, je ne la supporte plus… C’est une vision égoïste de la relation.
Je pense sincèrement que les personnes aux capacités empathiques réduites sont avant tout des personnes très égo-centrées et qui ne supporte pas fondamentalement l’autre surtout si cet autre dysfonctionne.
Là où Cyrulnik m’intéresse fortement, c’est quand il explique comment l’empathie est le fondement cognitif de la Morale :
« Cette aptitude à désorganiser son propre monde intime quand celui d’un proche est désorganisé constitue le point
de départ, la base cognitive de la Morale »
Est-ce dire que les êtres incapables d’empathie sont des êtres a-moraux? Qu’ils n’auraient pas d’échelle de valeurs entre le Bien et le Mal? Le postulat de la Morale serait pour Cyrulnik la vision judéo-chrétienne classique : « projet de faire du bien pour éviter le mal ». Alors penchons nous sur une réalité de notre quotidien ces jours-ci :
L’empathie collective est de mise en France…Ingrid Bétancourt a bénéficié de cet élan de toute une société qui s’inquiète du sort malheureux de cette femme politique franco-colombienne. Les Français dans leur ensemble se sont mobilisés et ont souffert en place et lieu d’une compatriote, image quasi mythique de la madone, symbole de justice, injustement enlevée. La société française s’est prise à éprouver la détresse de ses enfants privés d’une mère impliquée en politique dans un pays lointain, celui de ses origines, la Colombie. Le dénouement heureux de six ans de détention dans la jungle a fait naître une explosion de joie parmi les Français et un sentiment de faire partie d’une nation qui n’abandonne pas ses citoyens. Cette empathie sociale donne raison à l’intuition de Cyrulnik concernant les bases cognitives de la morale.
14:45 Publié dans Chroniques de France, CULTURE, Femmes, personnalités, SANTÉ, SOCIÉTÉ | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Psychologie, cyrulnik, amour, empathie, ingrid, Bétancourt
05.07.2008
L’Islam dans la pensée occidentale
Dimanche matin dernier, le 29 juin à Tunis, alors qu’une fois de plus ma cheville m’immobilisait sur mon canapé, je suis tombée sur une émission de la chaine française France2, qui m’a fascinée. Autant il m’est arrivé assez souvent d’écouter au Québec les conférences du Rabbin Sitruk, autant je ne crois pas avoir une seule fois suivi cette émission du culte musulman de ma vie. Pourtant, je suis fortement intéressée par l’histoire des religions et particulièrement, l’histoire croisée des grandes religions monothéistes. Les lieux de Culte au Québec faisaient partie de mon cours de Géographie culturelle, de cette appropriation du territoire par les communautés interculturelles si fécondes à Montréal.
Ce Dimanche il était remarquable de voir deux universitaires, un Français et un Suisse, nous entretenir d’un sujet qui pourrait paraître aux yeux de certains auditeurs comme tendancieux voire glissant et pourquoi pas même scandaleux. Et pourtant, cette question est captivante…car elle laisse place à un nouveau regard qui n’est pas européo-centré, mais plutôt islamo-centré.
Ainsi Thierry Fabre des Rencontres Averroès et Ruedi Imbach, professeur au Centre Pierre Abélard, un médiéviste réputé à Paris Sorbonne4 donnaient la réplique à Chaleb Boucheik. Il était question de deux livres dont « L’Islam dans la pensée Occidentale, d’Averroès à Martin Eckart » de Kurt Flasch. Dans ce livre qui a d’abord été publié en Allemagne, ce professeur remet en cause les acquis traditionnels de la pensée occidentale fondée sur les écrits de Thomas d’Aquin, Alain le Grand et surtout Maitre Eckart. Ces Dominicains auraient été inspirés par Ibn Sinna, mieux connu en Occident sous le nom d’Avicenne ainsi qu’Averroès (Ibn Rushd). Toute la question est de comprendre les sources arabes de la rationalité européenne. Averroès est
l’auteur du grand Commentaire de la Métaphysique d’Aristote.
Dans cette nouvelle approche de la pensée de Thomas d’Aquin, l’auteur Kurt Flash cherche au travers de l’exégèse des textes du Philosophe chrétien à retrouver les filiations : ainsi le Maitre de Thomas d’Aquin était Albert le Grand qui aurait été inspiré par Averroès (Ibn Rushd). Ces influences seraient arrivées par la Sicile et l’Andalousie, terres d’interculturalité. Thierry Fabre fait référence au livre d’un auteur espagnol : « Ce que les Arabes ont apporté à la culture » que j’aimerais bien lire mais je n’ai pas retenu la référence.
L’idée générale développée est que nous faisons partis d’un monde commun et que le message chrétien serait passé par les commentaires d’Averroès. L’intérêt de ses relectures est qu’elles conduisent à retisser les liens de la filiation et qu’au-delà des lectures judéochrétiennes, ces approches tripartites sont là pour ne pas vivre le Choc des Civilisations cher à Huntington et à Bush.
L’intérêt de ces lectures inclusives est aussi qu’elles replacent le monde méditerranéen à sa place, celui d’un des échanges entre l’Occident et l’Orient
19:05 Publié dans Chroniques de France, CULTURE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Averroès, Avicenne, Thomas d'Aquin, Aristote, dominicains, philosophie, métaphysique
03.07.2008
LIBERATION D'INGRID BETANCOURT
On ne peut que se réjouir de cette libération au bout de temps d'années de captivité. On ne peut que vouloir le meilleur pour cette femme inoubliable et d'une force incroyable. On ne peut que féliciter les forces colombiennes pour la maîtrise et le brio d'une évasion sans une goutte de sang.
Je joins ma voix à toutes les voix qui s'élèvent pour fêter cet évènement fantastique et qui a surpris tout le monde. Cet épisode rocambolesque, qu'est cette libération, fera parler beaucoup de monde pendant les jours à venir.
Moi la seule question que je me pose c'est: COMMENT REVENIR A UNE VIE NORMALE APRÈS CET ENFER...
Ma voix se joint à celle de tant de millions de gens ordinaires qui ont cru comme moi qu'elle s'en sortirait: Ingrid, bonne chance et tout le bonheur du monde à vous et à votre famille
SUR LE WEB:
12:00 Publié dans Chroniques de France, Femmes, personnalités, POLITIQUE, Web | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : INGRID, BETANCOURT, LIBERE, Libération, ôtage, Colombie, Farc

























