08.05.2008

La poésie résiste

De l'autre côté de l'océan aussi, de l'autre côté de la Méditerranée également, la poésie francophone résiste et elle nous émeut parce qu'elle est dans son rythme comme dans ses mots un condensé d'émotions, de douleurs et d'espérance.
L’espoir
Je ne sais quoi !
Je ne sais plus !
Quelle dague choisir pour me piquer ?
Dois-je utiliser une balle en argent dans la roulette de ma vie
Pour couper court à mon immortalité ?
Je ne sais plus !
Quel œil crever !
Pour ne plus me voir dans son reflet.
Quel bras mutiler !
Pour ne plus lever un toast en l’honneur de mon obsession
D’être le premier.
Pour ne plus écrire des poèmes d’éloge.
Je ne sais plus !
Quel mot prononcer !
Dans le balbutiement de mon mutisme.
Dois-je couper ma langue au milieu !
Pour la rendre fourchue !
Pour la rendre deux !
Et baisser les yeux.
Je ne sais plus !
Quel sang coulera !
Le jour de ma renaissance,
Si j’en aurai le courage !,
Quel pied me portera
Face à mon inépuisable déchéance
Face au poids de ma vanité !
Je ne sais plus !
Je ne sais quoi !
Mais ce que je sais
Ce que j’ai toujours su
Quelque part derrière la porte
Quelque part après la nuit
Quelque part…quelqu’un
Attend que je me désagrège
Pour me tendre sa tendresse
Qui collera mes fracas…
Qui me fera…
Je ne sais qui…
Je ne sais quoi…
Mais qui me fera.
Tunis 29 -01-2008
DIFFERENCES

Ne lui dites pas qu'il est anormal

Vous risquez seulement de lui faire mal

Car sait-on ce qu'est la normalité :

Force, par le nombre, contre l'unité ?

Vue de différents angles : Relativité

Ou seule et immuable, érigée VERITE ?

Dites-lui plutôt qu'il n'est que différent

Mot, il est vrai, que tout le monde comprend

Différence qui porte tantôt sur les couleurs

Pure adaptation au milieu qui nous entoure

Dont le sens ne vous cause point de douleurs

Qu'il soit trisomique qu'il soit orphelin

Soyez simple, ne faites pas le malin,

De tracas et de malheur, il a eu sa dose

Victime frappée de mucoviscidose


Ou par le fait du sort, tétraplégique

Il préfère serrer une poignée énergique

Quoique son teint ne fasse pas couleur locale

Celle des seigneurs ou des ariens

Ou celle des démunis qui ne possèdent rien

Vous verrez sa santé dans sa force mentale


Acceptez, en lui, l'être qu'il EST :

Voyez par delà ce qui vous paraît laid

Ce qui vous rebute et ce qui vous effraie,

Oyez le autrement qu'il ne vous parait

Vous verrez qu'il s'agit d'un humain

Que vous pouvez, sans crainte, lui serrer la main


Si le Sida vous fait toujours peur

Mal insidieux qui ronge de l'intérieur,

L'autre ne veut vous embarrasser,

Ni obséquieux ni trop élogieux

Déjà « vérifié », il n'est pas contagieux

Et d'autres ont même osé l'embrasser

 Kamel M’Rad

Lyon  février 2008 


Et pour finir, une petite histoire toute simple dans le RER hier, alors que j'allais au Théâtre Edouard VII voir les Brasseur, père et Fils dans une pièce de Sacha Guitry qui fait fureur à Paris, ces temps-ci:
J'ai ramassé un journal à mes pieds, il était abandonné et j'ai remarqué quelques mots qui ont accroché mon attention...DERRIDA en dessous du mot SAVOIRS ...et le journal était ouvert sur Cinéma et son titre Journal d'un cinémateur...j'ai pris le journal, l'ai tourné, remis à l'endroit...je me demandais quel était donc ce journal, de culture sans aucun doute et... dans un élan de rationalisation, j'ai cherché la Une. Il s'agissait du journal Les Lettres françaises du mois de mai...c'était la première fois que je voyais ces feuilles de culture...moi qui me prétend cultivée...je me suis mise à dévorer les articles. Ce matin en écrivant ces mots, je me suis aperçue que c'était le supplément du journal l'Humanité du 3 mai 2008, très certainement abandonné dans ce RER déshérité de la banlieue parisienne. Tout s'explique je n'achète pas l'Humanité...
Il y avait un article intitulé La poésie résiste de Françoise Han, ce qui explique le titre de ma note de ce matin. Elle y parle, notamment d'un ouvrage sur la poésie juive pendant l'occupatin allemande:  Les poèmes de Czernovitz, traduits et présenté`s par François Mathieu, qui font partie d'une collection Bruits du temps aux Éditions Laurence Teper.
Je finis par des citations extraites de ce receuil de plusieurs poétesses:
"Plaie devient Mot/ mot devient geste/ geste poème"
"Ma patrie est morte/ils l'ont enterrée/dans le feu/ je vis/ dans ma mère patrie/ le mot "
Je vous quitte sur une phrase de Kafka que je rapproche d'une autre, de Paulo Coelho- Le pèlerin de Compostelle
« Ce que nous appelons chemin, c’est notre indécision. »

 

«L'extraordinaire se trouve sur le chemin des gens ordinaires.»

A MEDITER !

 

Commentaires

la poésie resiste
et
la plume est belle!

On t'attend à Tunis amiga...chui enfin rentré de Rodrigues:-))

Ecrit par : elgreco | 08.05.2008

Très vivifiant de lire dès le matin tes notes de lecture et de te savoir à Paris, en bonne santé, peut-être relative, mais enfin prenant le métro pour aller "au spectacle", et capable de lire avec intérêt des feuillets oubliés et d'en faire une nourriture à partager...Merci, Martine.
Un cadeau pour toi sorti de mon tiroir à fragments personnels:
Chapelle de la lande
Comme un bateau à fleur de peau ancrée
Comme une mère à fleur de terre, plantée,
Comme une amie à fleur de vie, blottie,
Elle attend et tend aux passants,
Aux enfants, aux amants, aux errants,
Son auvent sculpté, son portail ouvert,
Sa nef dépouillée, son clocher abrité...
Elle attend si longtemps qu'un jour dr grand vent
Elle chavire et dérive au gré des sables,
S'enfonce et disparaît.
Le passant attardé découvrira une ancre
Plantée à vif au coeur d'un croissant d'or.
Ses deux mains malhabiles caresseront le bois,
Dégageront l'auvent, ouvriront le portail.
Délivrée des ables comme au premier jour,
Elle fera retentir l'appel joyeux de ses cloches.
Qu'accourent les enfants, que viennent les amants,
Que passent les passants.
Que dans la nuit, perdus, les errants se repèrent
Et repartent en paix.
Nita

Ecrit par : Augustin Nita | 13.05.2008

Ecrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés entre 00 h - 23 h (Europe/Paris).