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04.04.2008
Ouled Lenine
Il y a quelques jours, j'ai présenté sur mon blog des distinctive women, une femme cinéaste franco-tunisienne Nadia El Fani qui a réalisé un film personnel sur son père et les compagnons de celui-ci, tous d'anciens militants du parti communiste tunisien.
Intriguée par le sujet et friande d'assister à une projection qui touche au passé proche et à la mémoire de ce pays où je suis né et que j'essaie de réapprivoiser, je suis allée à cette unique séance du Doc de Tunis, accompagnée de Nejib, le créateur du portail internet consacré au cinéma tunisien et de mon ami Habib, professeur d'histoire à l'Université de la Manouba.
Un tel sujet aurait pu apparaître comme une entreprise périlleuse: faire parler des militants désillusionnés. Or, je dois dire que ce documentaire est fort riche et que j'ai littéralement absorbé les échanges de tous les protagonistes de cette histoire qu'on sent douloureuse, encore de nos jours.
Il est toujours difficile de parler du passé proche, surtout quand on est une artiste et qu'on ne cherche surtout pas à faire un catalogue historique, ni oeuvre journalistique. L'utopie communiste est effectivement, à mon avis, abordé de la meilleure façon, la plus tendre et la plus subjective, celle de l'approche familiale.
Dans ce documentaire, il est frappant de constater la relation intense Père-Fille. Ce film est littéralement un cri d'amour et d'admiration d'une fille pour son père, un homme qu'on sent pur et attachant, un intellectuel de gauche, humaniste et intègre, une figure emblématique et brillante. C'est aussi un homme vieillisant auquel la fille veut rendre hommage. Cet intellectuel est entouré de ses amis, femmes et hommes, de cette famille que fut la parti communiste tunisien.
Nadia El Fani a choisi de donner la parole à une partie des anciens compagnons de route de son père et c'est un film plein de paradoxes où les femmes sont critiques et se souviennent combien elles étaient, à la fois la cible des étudiants islamistes mais aussi celles de leurs propres amis masculins de gauche. Ces féministes qui mettaient leur cause en avant avaient donc un double fardeau à gérer, le fait d'être communiste et d'être féministe. On sent évidemment dans le film que les témoignages révèlent des blessures encore profondes.
Ce film est une réussite pour le public averti présent dans la salle lors de cette projection. Les réactions animées ponctuant le film ne laissent aucun doute sur l'impact qu'un tel documentaire peut produire sur les Tunisiens ou les spectateurs intéressés par l'histoire de la Tunisie. Au travers des déambulations de la fille et de son père dans les rues de Sousse ou de Tunis, on découvre en filigrame une autre lecture de la Tunisie, plus contemporaine, celle d'une société qui n'aurait pas réussi à diffuser l'idéal communiste de communautés fraternelles.
J'ai été séduite par la figure du père, celle d'un intellectuel aux remarques d'une grande acuité, à ce personnage frêle si fidèle à ses idéaux. Je suis sortie séduite face à tant de sagesse et j'ai aimé ce film parce qu'il a su plonger le spectateur dans un univers dont on ne parle jamais.
01:49 Publié dans CULTURE , Femmes , POLITIQUE , SOCIÉTÉ , Souvenirs souvenirs , TUNISIE | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, Tunis, tunisien, el Fani, Lénine, communisme, histoire
Commentaires
Bonsoir,
Je suis très touchée par ce que vous avez écrit sur mon film... Vous avez perçu ce que j'essaye d'y faire passer! Le film est en compétition actuellement à Milan et je pars ce Dimanche à Montréal où le film sera également en compétition... Voilà il a commencé son parcours à Tunis, je vous tiendrai au courant de ses autres aventures. Au plaisir de vous rencontrer!
Ecrit par : Nadia El Fani | 12.04.2008
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