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27.03.2008

Le phénomène Facebook en Tunisie

100c7c4be75021cc1ce71387517f837d.jpgComme vous le savez toutes et tous qui me lisaient régulièrement, la Tunisie a pris une importance capitale dans ma vie et ma recherche de "congénères" amorcée lors de mon départ du Québec m'a fait me pencher sur mes origines méditerranéennes et mon retour amorcé en Tunisie est inéluctable. Depuis que j'y vais régulièrement, les préjugés entourant la Tunisie éclate: une société qui a pris le tournant de la modernité avec des taux de fécondité extrêmement bas (moins de 2 enfants par femme au dernier recensement), une montée de la rage de consommer, une envie de vivre incroyable et un goût pour l'internet.

Sur Facebook dernièrement j'ai fait la connaissance d'une jeune femme très intéressante,  Amel Djait Belkaid qui est une journaliste avec un style et des intérêts que je partage, comme les Maisons d'hôtes en Tunisie et ...voilà je vous laisse lire

son excellent article sur Face book :

 

"Récemment valorisée par Microsoft à 15 milliards de dollars, Facebook affiche en mars 2008 plus de 67 millions de membres à travers le monde. 6ème site le plus visité du monde avec 73,5 millions de visiteurs uniques, et 5ème site le plus consulté du monde avec 34,5 milliards de pages vues selon l’indice de comScore. Ce qui n’était qu’un moyen de retrouver quelques copains cache des enjeux économiques énormes, notamment pour le marché publicitaire actuellement accordé pour 50% à Microsoft, bien que les pubs y soient encore très faibles.

Le commentaire d’un spécialiste du web résume parfaitement la situation. «Faites les comptes : chaque visiteur «unique» – celui qui se rend, ne serait-ce qu’une seule fois par mois, sur le site – vaut 300 dollars».

Selon Facebook, qui publie une carte géographique de ses utilisateurs, la Suède serait le pays le plus accro avec 8,59%. Suivie de près par le Royaume-Uni avec 7,52% de la population britannique inscrite. En France, 1,5% de la population y est inscrit. Le taux d’utilisation le plus faible est le sud de l’Europe avec 0,13% en Roumanie, 0,29% au Portugal et 0,33% en Italie.

 

Début janvier 2008, 37% des utilisateurs de Facebook étaient originaires des Etats-Unis, avec des chiffres à la baisse au premier trimestre 2008. Avec nos presque 16.000 inscrits, je vous laisse faire le calcul.

Fort de sa popularité, Facebook a même fait des émules, des plagiats parfois humoristiques et parodiques, comme le site HateBook, qui répertorie tous vos ennemis et qui compte à ce jour 75 Tunisiens inscrits.

Mais précisément, que peuvent bien faire les Tunisiens sur Facebook ? Quel usage les «facebookeurs» et «facebokeuses» tunisiens font-ils de ce réseau ? Selon les statistiques du réseau Tunisie, 23% des enregistrés seraient des hommes contre 26% de femmes. 65% sont sans sensibilité politique mentionnée, 52% seraient sans statut social défini, 4% seulement déclarent être mariés et 6% sont en couple… Des stats à la tunisienne quoi !

A part se tagguer, s’envoyer des cadeaux, du soleil qui brille, des petits trèfles qui portent chance, des gros cœurs et des bisous, ils s’échangent leurs albums de photos, font des tests psychologiques à deux sous, jouent à Pacman ou au poker, créent des groupes, organisent des concours et rendent hommage.

 

Auprès des classiques Honneurs à Amina fakhet, El Gorgi, El Tearto, Habib Bourguiba, etc., les utilisateurs de Facebook organisent des concours de la meilleure photo en noir et blanc, regroupent des proverbes, pensent à leur grands-mères, à La Marsa, à Sidi Bou Saïd, à Hammamet, à leur discothèque préférée, au Parc Ennahli, à leur ancienne école ou université. Ils revendiquent surtout une nouvelle manière de percevoir et présenter la Tunisie avec des groupes «de palais et demeures de la médina», «Femmes actives de Tunisie», »Les meilleurs sites de Tunisie», réseau de journalistes… et procèdent même au hit parade des 10 tunisiens les plus célèbres selon un vote sur le réseau.

 

042ae4cab84ee58943345ddf9531739e.jpgS’informer et réagir sur les évènements culturels de Tunis, se donner rendez-vous, ils ne cessent de se solliciter. En bref, ils font du «relationnel» des «relations publiques» avec des «Ahla» et «Saha» par-ci, et des «Winek» et «Boussa» par-là. Les Tun s’organisent aussi en deux catégories, ceux qui sont joignables, cliquables, accessibles et les autres plus précieux, jouant la carte de la privacy limite snobqui restent sous accès limité.

Le réseau rapproche aussi des gens qui n’ont plus le temps de se faire de nouveaux amis et encore moins de retrouver les anciens. Il fait découvrir une nouvelle génération que le débat sur la laïcité fait autant réagir que les résultats de la dernière Coupe d’Afrique des Nations. Ils sont si jeunes, si intelligents, si beaux, si motivés, si mobilisés. Un brin artiste, un peu poètes, le sens de l’humour en bonus, voilà que c’est la quarantenaire que je suis, qui parle. En effet, sur le réseau, les 40-47 ans ne représentent que 500 inscrits pour se réduire à 247 inscrits entre 45 et 54 ans.

 

Dans le monde, Facebook fait des siennes avec son lot de scandales, canulars, blagues de mauvais goût et dérapages. Jérome Kerviel, le trader qui aurait fait perdre 4,9 milliards d’euros à la Société Générale, comptait onze amis sur Facebook. Deux heures après le scandale, seuls quatre courageux contacts figuraient encore sur son profil. Au Maroc, Fouad Mourtada, 26 ans, se crée un faux profil, se faisant passer pour le Prince Rachid. La suite on la connaît, elle finit avec une inculpation de 3 ans pour le jeune blagueur et ou immature, c’est selon…

Bilawal Bhutto, le fils de Benazir Bhutto, héritier de la plus puissante dynastie politique du Pakistan, dément s’y être inscrit. Pas moins d’une vingtaine de groupes portant son nom sont encore actifs à ce jour. La communauté de Facebook se serait même choisie un président en début d’année 2008. Un gros canular qui a déjoué les medias français.

 

Assimilé à une immense téléréalité puissance 1000. Tout est gardé en mémoire, tracé, visible de l’extérieur. Si vous n’êtes pas vigilant, on pourra vous épier, savoir si vous dormez, si vous êtes chez vous, si vous avez changé de copine, si vous êtes maniaque, dépressif, amoureux ou fâché… Sans faire comme les oiseaux de mauvaise augure, il faut tout de même rester vigilant sur le fait que dans ce grand loft transparent, il y a des amis, mais pas seulement…

Depuis son existence, Facebook a fait et continue de faire l'objet d'une controverse concernant le respect de la vie privée des utilisateurs.

 

Dans ce sens, un journaliste du Monde attirait l’attention sur la facilité et le danger avec lequel n'importe quelle personne pouvait y créer un groupe et toucher 100.000 personnes en quelques semaines. Il demande à Facebook de surveiller de plus près le contenu des groupes et les messages véhiculés. Le volume d'information rendrait tout contrôle impossible selon Facebook.

 

Une étudiante en psychologie préparant une thèse sur la formation des sectes et leur propagation prend le défi de lancer un groupe et explique sa démarche. Le but de sa thèse est de montrer qu'il est en effet possible de créer un groupe et d'y faire adhérer plus de 100.000 personnes en 1 mois. Les inscriptions ont affluée à vitesse grand V. Le projet a commencé le 21 mars à 23H45 et doit se terminer le 21 avril à 23H45. Le 25 mars à 19H55 -soit exactement 3 jours, 20 heures et 10 minutes après le lancement du groupe, l’objectif est atteint.

 

Le nouveau challenge serait d'atteindre les 500.000 membres en un mois. En attendant, l’étudiante devient star : sollicitations, mémoire en ligne, intérêt médiatique pour l’expérience, révision des objectifs,… Une fois encore, la bonne vieille formule du Village planétaire est d’actualité. Moralité, attendons de voir ce que Facebook en fera.

Pour la petite histoire, on n’oubliera pas"

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