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05.10.2007

Les Tirailleurs tunisiens

f1a13d451a2db80b180ba2a0b246a372.jpg« Le 19 mars 1945, les Tirailleurs tunisiens de la 3ème division  d’infanterie algérienne sont les premières unités françaises  à pénétrer en Allemagne »

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Paroles indigènes. Les soldats oubliés de la Seconde Guerre mondiale, Librio, Paris, 2006, p.43

 Je viens de lire un petit livre trouvé à la bibliothèque de Paris, intitulé Paroles d'Indigènes. Ce livre écrit par Isabelle bournier et Marc Pottier est sorti à la suite du film Indigènes. Cette collection de documents synthétiques Librio est une série d'ouvrages sur l'histoire contemporaine à connaitre.

J'y ai appris un grand nombre de témoignages, dont je vous livre certains détails qui me parlaient. 

04627f912673a87c526666cb6b7a9b58.jpgLa libération de l’Alsace est due en partie au sacrifice des Tirailleurs Tunisiens ceux du 4e régiment des tirailleurs tunisiens (ci contre emblème)

 Et en cherchant des détails sur le net, j'ai retrouvé des détails:

« Le Honneck  avait été pris «  dans la nuit du 3 au 4 décembre par un détachement du régiment de FFI de France-Comté rattaché à la 3e division d'infanterie algérienne (3e DIA) . Passablement éprouvé, froid et neige font des ravages, il est relevé par la 1re compagnie du 4e régiment de tirailleurs tunisiens  (4e RTT) Ceux-ci, retranchés dans l'hôtel qui se trouve au sommet du Hohneck, ont fait l'objet d'une violente attaque au lance flamme et au Panzerfaust le 8.
Trois jours après, nouvelle attaque plus violente encore: il y a un mètre de neige, les tirailleurs tunisiens, sans ravitaillement, sans service de santé, se battent avec l'énergie du désespoir, sans même la possibilité d'un contact radio, jusqu'à la dernière cartouche. On essaie de les dégager: c'est impossible.
(…)
Lors du dernier assaut de la ferme du Chitelet (Schlüechtli), les Allemands ont utilisé des lances flammes, puis se fut le combat au corps à corps, le bataillon du 4 RTT  était pratiquement anéanti les quelques survivant pour la plupart blessés se sont rendus.

Le 12 décembre Hohneck est à nouveau aux mains des Allemands.»

Lu sur le site http://www.witzgilles.com/le_hohneck.htm

88f1ea322f330b73307ea3e3f155f104.jpgUne chose est frappante concernant les Tunisiens c’est que dans les documents officiels ils sont inclus dans la division d’Infanterie Algérienne et sont donc absorbés sous ce vocable. Cette constatation est corroborée par le spécialiste de la question, Eric Deroo co-auteur  avec Pascal Le Pautremat du livre Héros de Tunisie. Spahis et Tirailleurs d’Ahmed 1er à M. Lamine Bey

Répondant à la question sur la confusion des Tunisiens avec les Algériens, E. Deroo affirme :

« C’est vrai, cela tient au statut particulier de la Tunisie, « protectorat » français ; jusqu’à la fin de la 1ère guerre mondiale, les soldats tunisiens étaient désignés par l’appellation générale « algériens », pour des raisons d’hypocrisie coloniale, la Tunisie étant un protectorat, ces troupes avaient un statut ambigu, qui jouera un rôle dans le fait que leur histoire est peu connue. Ce n’est qu’en 1939 qu’ils prennent le nom de « tunisiens », y compris sur leur drapeau. »

 4748ca52ef287841ec2c251832c5232e.jpgMême l’iconographie est déficiente, je vous en présente une extraite du site http://www.witzgilles.com/
qui montre les Alsaciennes si heureuses de renconter leurs libérateurs tunisiens

 « Jusqu’à la fin de la Grande guerre, il y a confusion sur toutes les photos avec les Algériens, il faut donc tout passer en revue à la loupe pour identifier les troupes selon leurs insignes. Ces difficultés sont issues de raisons de politique coloniales que nous avons évoquée par ailleurs.
Mais il y a une autre raison à cette difficulté, plus curieuse : on a beaucoup valorisé la geste guerrière des marocains, plus pittoresque, les tunisiens correspondaient moins à des archétypes coloniaux, ils correspondaient moins aux stéréotypes coloniaux qu’affectionnaient les photographes de l’époque. Ils n’étaient tout simplement pas assez « exotiques » pour l’œil du propagandiste de l’époque ; on touche là à l’autre raison de l’oubli des soldats tunisiens dans les documents de l’histoire militaire récente ; ils ont tout simplement payé le prix de leurs qualités : efficaces, nets, disciplinés.
 »

J'ai appris, dans ce petit libre, que la tradition est fort longue des Spahis tunisiens puisque l'unité a été créée en 1886. On peut se mettre à lire un grand nombre de livres sortis cette même année 2006 sur la colonisation. En voici quelques uns :

1885 : le tournant colonial de la République, Jules Ferry contre Georges Clémenceau et autres affrontements parlementaires sur la conquête coloniale, introduction de Gilles Manceron, La Découverte / Poche, 2007, 166 p., 7 €

La fracture coloniale, la société française au prisme de l’héritage colonial, dir. Pascal Blanchard, Nicolas Bancel & Sandrine Lemaire, La Découverte, 2006, 315 p., 12 €

La France contre l’Afrique, Retour au Cameroun, Mongo Beti, La Découverte, 2006, 217 p., 9,50 €

Génocides tropicaux, catastrophes naturelles et famines coloniales aux origines du sous-développement, Mike Davis, La Découverte, 2006, 479 p., 14 €

Culture post-coloniale 1961-2006. Traces et mémoires coloniales en France, Pascal Blanchard et Nicolas Bancel, 2006, Autrement, 288 p., 19 €

Atlas des esclavages, traites, sociétés coloniales, abolitions de l’Antiquité à nos jours, Marcel Dorigny et Bernard Gainot, Autrement, 2006, 80 p., 15 €

Les trois exils juifs d’Algérie, Benjamin Stora, Stock, 2006, 233 p., 19 €

Alsace brune, les extrêmes droites alsaciennes d’hier et d’aujourd’hui, Editions No Pasaran, 2006, 163 p., 10 €

Quand l’Etat se mêle de l’histoire, René Rémond, Stock, 2006, 107 p., 12 €

Rouler plus vite laver moins blanc, modernisation de la France et décolonisation au tournant des années 60, Kristin Ross, Flammarion, 2006, 296 p., 20 €

 

Et je vous recommande absolument un INCONTOURNABLE, découvert il y a bien des années en anglais:

L’invention de la tradition, dir. Eric Hobsbawm et Terence Ranger, Editions Amsterdam, 2006, 370 p., 21 €

 

Commentaires

Dans le film indigènes, si mes souvenirs sont bons, les tunisiens ne faisaient pas parti des troupes qui ont libérées l'Alsace. Et comme je connais très mal cette partie de l'histoire et que le film m'a énormément décu je n'ai pas cheché à aller plus loin. Donc merci pour cette excellente note.

Ecrit par : BYRSA | 05.10.2007

Tout à fait exact et je pense que l'erreur est née de l'ignorance et du côté scolaire de la lecture des documents mais des témoignages existent et les tunisiens doivent être fiers du rôle essentiel qu'ils ont joué dans les conflits mondiaux. Je suis de formation historienne et je crois savoir combien on peut se tromper car la mémoire ne se rattache pas seulement aux témoignages quand trop de temps s'écoulent entre l'événement et le récit! De plus l'historien se réfère trop souvent aux documents officiels et lorsque ce sont des journalistes et ou cinéastes il est possible de faire des impairs. Un de mes amis Alex (Ibrahim), grand connaisseur de l'histoire militaire tunisienne m'avait fait remarquer lors de mon passage dans sa maison combien les Tunisiens avaient été escamotés dans le film et je me demandais pour quelles raisons?
en fait je ne crois pas à une erreur volontaire mais à un déni dû à une aberration administrative, les Tunisiens étaient inclus administrativement dans la 1ère armée au titre de 3ème division d'infanterie algérienne. C'était bien des spahis tunisiens qui, dans le cadre de cette 3ème division on libéré l'Alsace au prix de leurs vies!!!

Ils ont aussi libéré Marseille le 30 juillet 1944, ils ont fait partie des troupes qui ont libéré Paris le 25 août 1944 et le 9 Mai 1945 ont contribué à la chute du régime Nazi. Dans le livre Paroles d'indigènes on peut lire de la part d'Ahmed Farhati du 4ème régiment de tirailleurs tunisiens:
Nous les Tunisiens, Marocains, Algériens et Sénégalais pouvons être fiers de nous : nous nous sommes battus pour la France comme si elle était notre Patrie. J'espère que lorsque je rentrerai, enfin si je rentre en Tunisie, nous pourrons être considérés par les Français comme des frères et non comme des colonisés."

Ecrit par : mappamundi | 06.10.2007

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