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05.07.2007
A la recherche du Désir d'Orient
Je ne me rappelle pas de vous avoir parlé du numéro Désir d'Orient publié au Québec dans la Revue TÉOROS. Pour ce numéro dont je suis la rédactrice, j'ai écrit un article intitulé: L’Orient, géographie imaginaire. Les écrivains français et les villes de désir. Ce numéro n'est pas venu par hasard car il avait été choisi en juin 2005 comme thème pour septembre 2006,
En janvier 2006, je sortais cet appel à textes:
Depuis le XIXe, les voyageurs occidentaux ont été attirés puis séduits par l’exotisme de l’Orient. En 1979, Edward Saïd a brillamment démontré combien l’Orient est une construction occidentale . Nombre de voyageurs occidentaux ont foulé le Proche-orient, ils se sont laissés séduire au point de transformer l’Orient en un lieu de désir et de plaisirs. À leur retour, une grande partie de ces voyageurs ont raconté leur voyage sous forme de carnets dans lesquels ils notaient leurs impressions et leurs exploits. Mais quel est cet Orient dépeint dans tous ces récits? Il correspond en fait au « Moyen Orient » contemporain, à une aire géographique où s’exerce l’influence de l’Islam et de la civilisation islamique. La campagne de Bonaparte en Égypte ouvre la voie à la découverte de cet autre monde, également convoité par les Anglais. Bonaparte, désireux d'imposer la présence française dans cette région, débarque à Aboukir le 1er juillet 1798. Il est accompagné par un groupe de savants chargés de doter le pays de techniques modernes et par quelques artistes qui font des relevés de sites. De ce voyage de conquête qui dure trois années subsiste une mode prégnante en France, l’Égyptomanie. Les Anglais de leur côté se sont concentrés sur leur mission colonisatrice passant par une période de reconnaissance géographique et informative. Ces premiers voyageurs anglais étaient persuadés d’apporter le progrès, à la fois matériel et politique. À ces motivations s’interpénètrent, au fur et à mesure du siècle, des intentions plus personnelles donnant lieu à des formes de tourisme culturel et exotique : un goût pour le tourisme d’évasion. Le désir d’un Orient imaginaire est entretenu par les artistes et écrivains voyageurs qui, désireux de renouveler leurs modèles et leurs sources d'inspiration, puisent dans cet ailleurs de nouvelles formes dramatiques et y trouvent de nouvelles couleurs et lumières aux intensités plus fortes et plus flamboyantes.
De nos jours, la position géographique unique du Moyen-Orient, au carrefour de 3 continents est un atout renforcé par la proximité de la majeure partie des grandes capitales tant européennes qu'asiatiques ou africaines. Mais ce Moyen-Orient s’illustre politiquement comme une zone poudrière, une des plus instables de la planète. Le paradoxe de ces lieux est leur grand pouvoir d’attraction sur l’imaginaire touristique confronté à une réalité politique violente et répulsive. Ces régions, riches d’un passé fondé sur une longue histoire, resteront des lieux à fort potentiel touristiques, à la minute même où la paix se restaurera. Car ces pays sont riches d’une belle qualité de vie fondée sur une sociabilité reconnue autour de la table, de la poésie et de la musique. Ce monde en mouvance conserve intrinsèquement des richesses inestimables qu’il nous faut connaître et comprendre.
La démarche de Téoros, pour ce numéro spécial sur le tourisme au Moyen-Orient est de chercher à mettre en évidence les atouts susceptibles de créer ou recréer une réussite économique fondée sur l’accueil des touristes du monde entier, une fois la paix revenue. Il ne faut pas oublier que des aménagements touristiques ont été engagés à grands frais par ces pays pour répondre aux besoins et à la demande du touriste.
Le choix des pays abordés pourra être traité selon trois angles « passé, présent et avenir ». Nous souhaitons donner à voir aux Québécois et au public de notre revue les aspects culturels les plus authentiques de ces zones contreversées.
Nous envisageons un article sur « l’époustouflante postmodernité » de Dubaï et son développement touristique. Il nous faudra mettre en parallèle le sultanat d'Oman qui lance un projet touristique ambitieux appelé "la ville bleue", dont la construction devrait s’échelonner sur quinze ans.
La place primordiale de Beyrouth et sa position en équilibre entre paix et déstabilisation seront examinées. La situation d’Israël et des territoires occupés et leur conséquence sur l’afflux touristique nous semblent devoir être également abordés. L’Égypte ne peut être oubliée et devrait prendre en compte son actualité de forte croissance touristique. Enfin, il nous faudra nous intéresser à la Syrie dont Palmyre, Damas et Alep sont des fleurons du Patrimoine mondial. La perle de Petra en Jordanie devrait également être présentée pour ses richesses patrimoniales inestimables.
Bien entendu, nous n'avons pas réussi à traiter l'intégralité du sujet, suite à des désistements de dernière minute de nos collaborateurs, tous universitaires bénévoles notamment certains Français refusant d'écrire dans une revue touristique qui sortait de leurs champs géo-politiques...
Ce numéro a eu un beau succès à sa sortie en septembre 2006, j'ai même pu rencontrrer le Vice président de Tourisme Montréal qui m'a félicité de ce numéro qui sortait de la norme...il faut dire que dans l'intervalle, la Guerre du Liban avait tristement mis en lumière ce thème du tourisme en Orient.
Je vous livre ci-contre son éditorial que j'avais écrit l'été dernier sous sa forme pdf:Pr_sentation.pdf
Mais Je veux relever un passage qui me semble toujours pertinent:
Or, on ne peut ignorer combien ces espaces proche et moyen orientaux s'illustrent politiquement comme une zone poudrière, comme en témoignent les conjonctures actuelles en Irak et au Liban notamment. Le paradoxe de ces lieux est leur grand pouvoir d’attraction sur l’imaginaire touristique confronté à une réalité politique violente et répulsive. Ces régions, riches d’un passé fondé sur une longue histoire, resteront des lieux à fort potentiel touristiques, à la minute même où la paix sera restaurée. Car ces pays sont riches d’une belle qualité de vie fondée sur une sociabilité reconnue autour de la table, de la poésie et de la musique.
Ce monde en mouvance conserve intrinsèquement des richesses inestimables qu’il nous faut connaître et comprendre.
Aujourd'hui je suis à la recherche de mots arabes, ou dérivés de la langue arabe, et qui sont associés à ce désir d'orient: le terme de HAREM en est un mythique. Le film Harem, avec la très belle Natasja Kinski, passé récemment sur une chaîne française est venu à point me rappeler cette fascination. A voir pour la lumière, les décors fantastiques mais pas pour l'intrigue qui est peu crédible...
Un article du mois de mai de Libération intitulé Nos racines arabes de Natalie LEVISALLES du vendredi 18 mai 2007
faisait la recension d’un livre de Salah Guemriche qui recense plus de 300 mots français issus de la langue arabe, comme Bougie, guitare, tulipe ou épinard…
Cet article a précédé l’article suivant du 15 juin du Monde :
"Qu'y a-t-il de commun entre un abricot, un baldaquin, un divan, une fanfare, un pyjama, un tambour et une tulipe ? Entre un kiosque, du lilas, un baobab, une girafe, le signe arobase, de la bergamote ou de la percale ? Vous donnez votre langue au chat ? Tous ces mots, passés ou non par l'espagnol ou l'italien anciens, par le grec ou le latin, sont de filiations arabe, turque ou persane.
Les mots voyagent. Ils se rencontrent, se modèlent, s'enrichissent, laissent des empreintes, font des enfants illégitimes et métissés qui eux-mêmes, au hasard des exodes et des échanges, donneront naissance à de nouveaux vocables. Oui, la langue, malheureusement souvent bien plus que ceux qui la parlent, est bonne fille : elle est souple, accueillante, ouverte aux emprunts, aux échanges. Ce qui au final, lorsque l'on demande aux mots, au hasard des rues où ils se baladent, "vos papiers SVP", pour ficher leur origine étymologique dans des dictionnaires bien péremptoires... rend toute réponse très aléatoire.
A l'heure où l'on ne parle que difficultés d'intégration, choc des civilisations, et où la xénophobie sait se parer de multiples masques, ce Dictionnaire des mots français d'origine arabe de Salah Guemriche, journaliste et romancier, arrive comme un baume sur une plaie, comme du miel ou du jasmin dans un thé un peu amer. Car, comme le définit très joliment Assia Djebar, de l'Académie française, dans la préface de l'ouvrage, les mots, mieux encore que des "ponts", sont des "passerelles" entre les cultures, les univers, les "deux rives" entre lesquelles navigue le fils ou la fille d'immigrés.
C'est ce que nous découvrons au fil de ces 378 pages très documentées, qui, non contentes de se livrer à un simple recensement lexical de a (comme alambic) à z (comme zouave) de près de 400 mots d'origine arabe, en retracent le voyage, l'itinéraire, les pérégrinations, en auscultent l'intégration, la contamination à d'autres idiomes, en inventorient l'évolution orthographique, les usages anciens ou modernes et s'agrémentent d'une anthologie de textes d'auteurs divers et variés, de Rabelais à Houellebecq en passant par Gide, Morand, Gracq ou Jonquet. Tous ces écrivains, d'hier ou d'aujourd'hui, en ont usé, émaillé leurs écrits, comme nous tous, anonymes, en M. Jourdain faisant de la prose sans le savoir, nous en fleurissons nos conversations. Parlez-vous l'arabe ? le turc ? le persan ? Non ? Si vous saviez, pourtant !
Si vous saviez que la guitare dont vous jouez, les épinards que vous détestez, la douane que vous passez, le camaïeu dont vous aimez jouer dans le choix de vos chemises, ou la bougie que vous brûlez par les deux bouts ou non, tous ont des origines arabisantes, turques ou persanes... Raquette ? Mazout ? Savate ? Typhon ? Zénith ? Idem. Eh oui, vous parlez l'arabe sans le savoir, un arabe qui, passé par maints méandres et ayant accompli tant d'arabesques dans nos différentes cultures et les différents siècles, a oublié lui-même d'où il venait. Des mots sans papiers. Des mots sur lesquels on pose pudiquement un "probablement issu du grec ou du bas latin..." sans même se demander d'où ils pouvaient bien venir avant que le grec ou le bas latin s'en empare.
Le mal est désormais réparé : "Il n'y a jamais eu de langue sans alliage", nous explique, dès son introduction, intitulée fort à propos "La mémoire de l'emprunt", l'auteur, qui a travaillé quatre ans à la rédaction de ce dictionnaire. Pour notre plus grand bonheur. Notre réconciliation avec nous-mêmes. Et la partie de "l'autre rive" qui est en nous.
Un ouvrage à picorer avec délice comme on savoure des oranges ou des cornes-de-gazelle, blotti sur son sofa.
DICTIONNAIRE DES MOTS FRANÇAIS D'ORIGINE ARABE de Salah Guemriche. Préface d'Assia Djebar, de l'Académie française. Seuil, 878 p., 35 €."
Et bien sûr, je pense à la Superbe Fable de Tahar Ben Jelloun publiée dans le Monde diplomatique, l’été dernier : Le dernier immigré. Fable dans laquelle, les français perdent l’usage de leur langue puisqu’avec l’expulsion des immigrés ils perdent aussi le vocabulaire métissé et ne peuvent plus s’exprimer…Savoureux, le discours du Nouveau président :
« " Françaises, Français, Mes chers compatriotes Assalâm Alikoum ! Oui, vous avez bien entendu ! Assalâm Alikoum cela veut dire bonsoir en arabe ou plus exactement " la paix sur vous ". Sayidâti, Sâdati ! Mesdames, Messieurs ! Je serai bref, lâ outawillo alikoum. La France a commis davantage qu'une erreur, une injustice grave, dholmun kabir ! Après le 11 septembre 2001, certains ont dit " Nous sommes tous des Américains ! ". Moi, je dis aujourd'hui : " koulouna 'arabe ! " Nous sommes tous des Arabes ! " koulouna mouhâjiroun " Nous sommes tous de immigrés. En agissant de la sorte, nous avons porté atteinte à leur dignité et nous avons perdu notre âme et notre dignité, je veux dire karâmatouna. Je sais, je ne serai pas réélu. Qu'importe. Je ne me représente pas. Je rends hommage à la langue et à la culture arabes dans l'espoir que certains accepteront de revenir remettre la France sur pied. Assalâm Alikoum ! Tahya França ! Yahya Al Maghreb ! " (" Au revoir. Vive la France ! Vive Le Maghreb ! ") »
Pour lire la totalité le pdf :2006-09-22-benjelloun-fr.pdf
Alors maintenant comment départager tous les mots...moi il y en a un qui me plaît : Le Calife mais aussi le Bey, cela me fait penser à la cour des Mille et Une nuit mais aussi Caravansérail et Carthage...et vous???
12:30 Publié dans CULTURE , Femmes , IMMIGRATION , SOCIÉTÉ , Souvenirs souvenirs , Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : culture, Arabe, Occident, Orient, écrivain, cinéma, Imaginaire
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