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12.02.2007

Halte chef d’œuvre, ne passez pas votre chemin!

medium_la_vie_des_autres.jpgSi vous ne connaissiez pas les agissements de la STASI, police politique est-allemande  de 1950 jusqu’à la chute du mur de Berlin en 1989, ce n’est pas grave car cette lacune peut être comblée en allant voir le film sublime de Florian Henckel von Donnersmarck, LA VIE DES AUTRES. Ce film, l’un des meilleurs de ces dernières années, me semble une réussite parfaite dans sa sobriété et sa peinture quasi à l’identique de la société communiste.

Le film démarre en 1984 à Berlin EST alors que le couple d’Intellectuels du moment, l’écrivain Georg Dreyman et sa compagne, l’actrice Christa-Maria Sieland, deviennent la cible de la Stasi sur ordre d’un ministre de la Culture qui, amoureux de l’actrice, cherche à se débarrasser du compagnon. Le principal personnage, hormis le duo d’intellectuels, est le Hauptmann Gerd Wiesler officier de la terrible STASI, spécialiste des interrogatoires et instructeur à l’École militaire de la STASI. Cet homme inflexible devient rapidement le témoin d’un monde qu’il ignorait et qui rapidement le fascine, celui de l’ART. Ému par l’amour qui unit le couple, il ne reste pas insensible aux débats qui font irruption lorsque la jeune femme subit les assauts du Ministre. À la mort du meilleur ami de Dreyman, un metteur en scène interdit de scène par le Parti depuis 7 ans car jugé  trop subversif, et devant le suicide de son ami, une conscience se fait jour dans la tête de Dreyman qui découvre que le Parti cache depuis 1977, le nombre des suicides dans le pays. Ce tabou devient alors le sujet d’un article que l’auteur veut publier à l’ouest…

medium_Florian_et_Christa-Maria.jpgSans un temps mort, pendant près de 2 heures 20, ce film nous plonge dans la vie des autres, cette vie espionnée nuit et jour par une machine à réprimer les pensées coupables, celles de mettre en doute le bonheur socialiste. Les acteurs convaincants dans leurs rôles nous attirent dans leur intimité d’artistes ayant réussi à se glisser au sommet de la gloire dans un régime où tout faux pas conduit à l’exclusion et donc à la déchéance et au suicide. On assiste durant ces deux heures à la transformation des êtres dans un contexte pré et post chute du communisme. En effet, le film se termine en 1994 dans un Berlin réunifié. Georg Dreyman l’auteur, passe du statut d’auteur doué naïf et généreux à celui d’un homme choqué par les manigances perverses du pouvoir et de ses sbires, et qui décide de prendre part à la dissidence avec ses armes : l’écriture. Christa-Maria Sieland nous émeut dans son rôle de femme partagée entre son amour pour le théâtre et son constant besoin d’être rassurée sur son talent. Femme fragile, elle ne peut que tout perdre, son honneur comme sa vie. medium_Wiesler.jpgMais le personnage le plus incroyable, traité de manière sobre et si subtile, est l’officier de la Stasi, ce Wiesler, homme robot tout acquis à l’idéal socialiste et qui a perdu toute humanité, façonné qu’il est par sa fonction. Admirable, la larme qui jaillit le long de sa joue lorsque, du fond de sa planque, il entend Dreymann jouer la partition émouvante de la « Sonate de l’homme bon ». Cet homme qu’il devient, jour après jour, nous évoque la possibilité de croire que la rédemption est possible pour celui qui prend conscience qu’il s’est égaré sur le chemin de l’humanité. Pour autant le film ne verse pas dans le manichéisme ni dans le Happy End forcené et c’est ce qui en fait aussi sa force.

Ce film écrit, réalisé et co-produit par le talentueux Florian Henckel von Donnersmarck est une œuvre si forte qu’elle ne peut être insignifiante dans la vie même de l’écrivain réalisateur. Dans les interviews qu’il a données, il explique combien tout jeune dans les années 70 il ressentait la peur des adultes lorsqu’ils allaient avec ses parents rencontrer des membres de leurs familles restés en Allemagne de l’Est. medium_florian.jpgCe cinéaste né en 1973 a très jeune reçu une éducation internationale et polyglotte. L’article de Wikipedia en allemand nous renseigne sur le parcours assez exceptionnel de ce jeune Allemand issu d,une famille noble qui a vécu aussi bien à New York qu’à Berlin, Bruxelles ou Saint Petersbourg. La vie des Autres est son sixième film dans une carrière démarrée il y a juste dix ans.

Ce film me touche profondément car il me replonge dans l’ambiance chromatiquement uniforme de ce monde de l’Est tant connu et tant parcouru. Car je ne peux oublier les miradors de Berlin découverts dans les années 70, alors que toute jeune fille je découvrais la réalité de ces 2 mondes qui s’affrontaient dans une guerre froide. Je ne peux oublier ces femmes est-allemandes qui contrôlaient les trains avant de retourner en Allemagne de l’ouest. En pleine nuit, elles examinaient les roues et essayaient de voir s’il n’y avait pas des fugitifs attachés à ces roues. Je ne peux oublier mes voyages en Pologne de Jaruzelski et je suis parfaitement capable de comprendre l’écrivain emporté par le succès qui d’un coup par une prise de conscience personnel s’aperçoit de la réalité sordide qui l’entoure.

Mais le film va plus loin car il évoque à la fin la difficulté de créer dans un monde libre, ou dit libre, dans lequel tout est simple et sans interdit mais où la vie intellectuelle est plus insipide. Seule la compréhension de l’âme humaine redonne alors à l’auteur le goût de l’écriture.

Alors n’attendez plus et courrez voir ce chef d’œuvre, vous ne serez pas déçus!

 

Pour plus d'informations:

 

Production : Wiedeman & Berg Filmproduktion GmbH, CreadoFilm/ Constance, Arte
Distribution : Ocean Films
Réalisation : Florian Henckel von Donnersmarck
Scénario : Florian Henckel von Donnersmarck
Montage : Patricia Rommel
Photo : Hagen Bogdanski
Décors : Gabriele Binder
Musique : Gabriel Yared ET Stéphane Moucha

Durée : 137 mn

Casting

Ulrich Mühe : Hauptmann Gerd Wiesler
Sebastian Koch : Georg Dreyman
Martina Gedeck : Christa-Maria Sieland
Ulrich Tukur : Anton Grubitz
Thomas Thieme : Le ministre Bruno Hempf
Hans-Uwe Bauer : Paul Hause
 

Filmographie

  • 2005 – Das Leben der Anderen (Regisseur, Drehbuchautor, Co-Produzent)
  • 2003 – Petits mythes urbains (Regisseur)
  • 2002 – Der Templer (Co-Regisseur)
  • 1999 – Dobermann (Regisseur, Drehbuchautor, Produzent)
  • 1998 – Das Datum (Regisseur, Drehbuchautor, Produzent)
  • 1997 – Mitternacht (Regisseur, Drehbuchautor, Produzent)

 

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