26.07.2006

Terroristes ou pas ?

medium_chirac.jpg« Le Hezbollah, désarmé, a vocation à être une force politique au Liban. » Ces mots sont ceux du Président français Jacques Chirac rapporté par le journal Le Figaro du 26 juillet à la suite d’un entretien donné au journal Le Monde par Chirac pour expliquer sa position dans la crise au Moyen Orient.

 

medium_beyrouth-bombardement.jpgAlors j’ai l’impression que la question qui dérange une partie des observateurs de ce conflit, ceux en priorité qui ne sont pas forcément acquis aux thèses américaines, est de savoir si oui ou non, on doit considérer les membres du Hezbollah comme des terroristes.

 

 

Comme je donnais depuis trois sessions des cours sur l’État du Monde à mes étudiants de Montréal, je me souviens de ces leçons sur le concept de terrorisme données notamment en présence de Hassan mon ex-étudiant libanais, celui même qui est présentement dans Beyrouth en train de s’occuper dans des écoles des quartiers chrétiens des enfants réfugiés chiites qui fuient les bombardements… et je me dis que la vie est bien cruelle et cynique. Son pays qu’il adore est sous les bombes israéliennes et le peuple souffre un martyr et nous on devise sur la culpabilité du groupe en train de guerroyer contre Israël.

La prudence de Chirac est liée à la vision plus nuancée de l’appellation terroriste et la non acceptation inconditionnelle des visions américaines qu’il connaît parfaitement. Ainsi le groupe Hezbollah n’est sur la liste des organisations terroristes que depuis 2002 (après les attentats de New York). Avant selon le journal L’humanité, « il figurait sur celle des mouvements de libération. »

 

  • Et moi je me dis que si le terrorisme désigne ordinairement de très nombreux actes de violence politique, commis par des groupuscules extrémistes, comme je l’ai expliqué à mes élèves, cette définition ne s’applique pas au Hezbollah. Encore moins si je rajoute que la clandestinité est la base de la guérilla comme du terrorisme.
  • Nous n’avons pas affaire à un groupuscule ni à des clandestins. Les images de CNN parlent d’elles mêmes.

Ainsi si j’en crois le journal le Nouvel Obs,  « le Hezbollah ou Hizbollah (« Parti de Dieu »), fondé en 1982 est un mouvement politique chiite libanais possédant une branche armée qui fut à l'origine de sa création. »

J’y ai appris également que « Son chef, Hassan Nasrallah, appelait au dialogue et se prononçait en faveur d'un « gouvernement d'unité nationale ». »

Donc c’est bien un parti politique représenté par 14 députés (sur 128) qui a rejoint pour la première fois le gouvernement le 19 juillet 2005 dernier en obtenant un ministère sur 24, celui de l'énergie plus trois plus officieux celui de Faouzi Saloukh, ministre des affaires étrangères et Trad Hamadé, ministre du travail, tous deux considérés comme pro-Hezbollah.

Ce conflit est donc bien plus complexe que les médias peuvent nous le présenter.  J’ajoutais dans mon cours sur terrorisme, guerre et guerrillas que le terrorisme par ses actions spectaculaires mobilise les médias et offre la chance aux organisations de faire parler d’elles. Ici on peut penser que le coup d’éclat de l’enlèvement de deux soldats israéliens est un acte de guérilla réussi. Mais comment pouvaient-ils penser qu’Israël réagirait de la sorte à une escarmouche qui pique profondément son orgueil ? Comment le désir par cet acte d’échanger des prisonniers libanais, dont Samir Kuntar qui serait détenu depuis 28 ans par Israël, selon les dires de Ligue des droits de la femme libanaise, pouvait il conduire à cette réplique jugée disproportionnée par une grande partie de l’opinion publique non israélienne et anglo-saxonne ?

Tout est imbriqué dans des visions diamétralement opposées qui font du Hezbollah un mouvement de résistance et ses membres des maquisards pour le Monde Arabe et d’ignobles terroristes qu’il faut éradiquer de la surface de la terre pour Israël, les Etats-Unis, l’Angleterre et même, au grand dam d’une majorité de québécois de Harper le premier ministre du Canada.

Où s’en va-t-on ?

 

 

Commentaires

plus je regarde ce qui se passe au proche et moyen orient, je m interroge sur le rôle de la violence dans l'histoire politique et sociale des pays arabes. On dirait que le seul moyen de dialogue fut la violence.

Ecrit par : mathieu | 27.07.2006

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